Philippe Montanier s'est prêté au jeu de l'interview pour la chaîne YouTube officielle de la Ligue 2 BKT à 24 heures du choc face à Troyes. Le coach de l'ASSE, à la tête du club depuis trois mois après deux ans et demi loin des terrains, a livré une intervention dense : retour sur sa pause, première défaite digérée, course à la montée assumée. Compte rendu complet.

"Beaucoup de plaisir, beaucoup d'énergie, beaucoup d'impatience"

L'interview commence par l'homme avant le technicien. Après deux ans et demi sans club, Philippe Montanier a retrouvé un banc à Saint-Étienne en cours de saison et il n'a visiblement pas attendu longtemps pour retrouver ses marques.

« Beaucoup de plaisir. C'est vrai qu'après deux ans et demi, j'ai beaucoup d'énergie, beaucoup aussi d'impatience, d'excitation. C'est plaisant de refaire son métier, surtout dans un club comme celui-ci. »

Sur la reprise du rythme — un planning chargé, des siestes et grasses matinées oubliées — Montanier a souri avant de répondre avec une métaphore simple : « C'est comme le vélo, ça ne se perd pas. On se remet tout de suite dedans. Encore plus quand on arrive en cours de saison où on doit être vite opérationnel. Comme si les deux ans et demi n'avaient pas existé, j'ai retrouvé tout de suite les sensations et les repères. »

L'intensité de la prise de fonction, il ne la nie pas : « La prise de fonction a été intense. Mais j'ai pris le temps pendant deux ans et demi de faire des choses qu'on n'a pas le temps de faire lorsqu'on est en poste. Je suis arrivé avec beaucoup d'envie. » Et sur les éventuels contre-coups physiques ou mentaux, la réponse est nette : « Non, non, du tout, du tout. J'arrive avec l'expérience à bien gérer des semaines bien remplies. »

Dix matchs, zéro défaite… puis Bastia

C'était l'une des statistiques les plus remarquables de la seconde partie de saison en Ligue 2 : Philippe Montanier était resté invaincu lors de ses dix premiers matchs à la tête de l'ASSE. Avant de tomber face à Bastia. Une défaite qui a d'autant plus marqué qu'elle rompt une série longue — très longue.

« Ça fait trois ans que je n'avais pas connu de défaite. Avec Toulouse, après la Coupe de France, on avait réussi à rester invaincus pendant un mois. Donc forcément, c'est un goût très amer qui vous reste dans la bouche. Mais on sait que ça fait partie de notre métier. »

Le technicien relativise avec le recul de l'expérience : « J'ai joué 16 ans comme joueur, 25 comme entraîneur. Je ne peux même pas vous dire le nombre de victoires ou de défaites que j'ai connues. » Et le message aux joueurs après le coup de sifflet final ? « Le plus important pour nous, c'est vite se transposer sur le prochain match. La défaite est passée, on ne peut plus rien y changer. Ce qui compte, c'est le match de samedi. »

Montanier : "Un chaudron à guichet fermé dans l'aspect psychologique, il n'y a pas grand-chose à faire"

Sur le timing de cette première défaite — juste avant un choc contre Troyes, leader du championnat — Montanier y voit presque une chance. « On va jouer un top match. On va jouer l'équipe qui est première au championnat dans un chaudron qui va être à guichet fermé. Tous ces éléments-là, forcément, sont motivants. »

Pas besoin de grand discours de motivation donc dans ce vestiaire : « C'est des matchs que tout le monde a envie de jouer. Dans l'aspect psychologique, il n'y a pas grand-chose à faire. » Mais il tempère aussitôt : « Il va falloir aussi bien canaliser cette motivation. » La nuance est importante — l'envie ne suffit pas, il faut la structurer.

La course à la montée : "Serré jusqu'au bout, c'est pas une surprise"

Arrivé en cours de saison avec Saint-Étienne cinquième à quatre points du leader, Montanier savait exactement dans quoi il mettait les pieds. « Je savais qu'on n'avait pas beaucoup de marge, qu'il fallait enchaîner les performances et que ça serait serré jusqu'au bout. Donc c'est pas une surprise. »

Le resserrement au sommet avec Troyes et Le Mans ? Anticipé, assumé, géré. Pas de panique dans le discours, pas de fébrilité. Juste la conviction que la régularité paiera.

Et sur la question de regarder les résultats des concurrents, Montanier est tranchant — presque philosophique : « On ne regarde que nous. De toute façon, même si on regardait, on ne peut pas influencer les matchs des autres. La seule chose sur laquelle on a de l'influence, c'est nos matchs. On essaie de les gagner tous. Ce qui est certain, c'est que si on fait nos résultats, ça suffira. Il ne faut pas s'occuper des autres. »

ASSE : "Le groupe a beaucoup de maturité. Pas d'euphorie, pas d'abattement"

L'un des atouts majeurs de cette équipe stéphanoise selon son entraîneur, c'est son équilibre psychologique. « On ne s'emballe pas après les victoires, on ne se laisse pas abattre après les défaites. On reste focus sur l'objectif. Et l'objectif, il est clair pour tout le monde : monter en Ligue 1. Tout le monde sait ce qu'il a à faire. »

Sur l'expérience du groupe — le plus aguerri de Ligue 2 — il y voit un avantage concret dans ce sprint final à trois journées de la fin : « La plupart ont déjà joué des matchs importants. Ils savent gérer cette pression-là. Maintenant, avoir de l'expérience, ça ne suffit pas. Il faut toujours être performants sur le terrain. »

Montanier : "De l'excitation, de la concentration — notre destin est entre nos mains"

Pour conclure, Montanier a résumé l'état d'esprit d'un groupe qui se sait à trois matchs d'accomplir quelque chose de grand : « De l'excitation. De la concentration aussi. On est dans un moment clé de la saison. Chaque match va compter énormément. On sait qu'on a notre destin entre les mains, en partie. Et c'est la meilleure situation dans laquelle on peut être. »

En partie. Ce petit mot dit tout. Montanier sait que le destin des Verts dépend aussi de ce que font Troyes et Le Mans. Mais il a choisi de n'y accorder aucune énergie. Focus interne, résultats sur le terrain, et le reste suivra.

Quarante ans de football — joueur et entraîneur confondus — pour en arriver là : un choc au sommet, un Chaudron à guichet fermé, et trois finales pour retrouver la Ligue 1. Philippe Montanier est exactement là où il veut être.