Alors que le nom d'Ian Cathro est évoqué pour succéder à Philippe Montanier sur le banc de l'AS Saint-Étienne. Une question se pose chez les supporters stéphanois : qui est réellement cet entraîneur écossais de 39 ans, encore méconnu du grand public français ?

Loin de l'image du simple "adjoint de luxe" passé par la Premier League, Cathro apparaît comme un technicien à part, façonné par le football portugais, nourri par les expériences du très haut niveau et porté par une vision claire : construire avant tout une identité durable. Une philosophie qui pourrait trouver un écho particulier à l'ASSE et pour KSV, en quête de stabilité après une nouvelle désillusion sportive, mais également d'une identité de "jeu à la stéphanoise"

Ian Cathro, un CV bien plus riche qu'il n'y paraît

À seulement 39 ans, Ian Cathro possède déjà un parcours que beaucoup d'entraîneurs plus expérimentés pourraient lui envier.

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Arrivé au Portugal à 25 ans sans parler un mot de portugais, il fait ses armes au Rio Ave aux côtés de Nuno Espírito Santo. Cette rencontre sera déterminante dans sa carrière. Au fil des années, il gravit les échelons et découvre les exigences du très haut niveau : Valence en Liga, Newcastle en Premier League sous Steve McClaren puis Rafa Benítez, Tottenham où il côtoie Harry Kane, avant de retrouver Nuno dans différentes aventures anglaises.

Mais contrairement à d'autres techniciens qui revendiquent leurs influences, Cathro préfère parler d'amitiés plutôt que de modèles.

« Je préfère regarder Nuno comme un ami plutôt qu'une référence », confiait-il récemment dans une interview sur la chaine YouTube A. Bola.

Un détail qui résume assez bien le personnage : discret, réfléchi, peu attiré par les grandes déclarations sur son propre parcours.

Son arrivée à l'Estoril en tant qu'entraîneur principal a finalement constitué une suite logique plutôt qu'une promotion précipitée. Lui-même explique ne jamais avoir couru après le poste numéro un : les circonstances l'y ont conduit naturellement. Une trajectoire atypique qui tranche avec les profils plus classiques observés en Ligue 2.

Une philosophie de jeu qui pourrait séduire Geoffroy-Guichard

S'il y a un trait qui ressort immédiatement dans les prises de parole d'Ian Cathro, c'est son refus catégorique de toute forme de satisfaction.

« Nous voulons progresser. Toute autre réponse serait un mensonge ».

Pour le technicien écossais, le système n'est qu'un moyen, jamais une finalité. Défense à trois, défense à quatre, le véritable enjeu se situe ailleurs. Dans l'attitude, les principes de jeu et la capacité à s'adapter aux réalités du terrain.

Cathro défend un football ambitieux, intense et résolument tourné vers l'avant. Une équipe capable de presser haut, d'imposer son rythme et d'aborder chaque rencontre avec la volonté de gagner, sans complexe ni crainte de l'adversaire.

Mais contrairement à certains entraîneurs enfermés dans leurs certitudes, il refuse le dogmatisme. À Estoril, il n'a pas hésité à revoir son organisation lorsque la composition de son effectif ne lui permettait plus d'appliquer son idée initiale.

« Peut-être qu'un entraîneur trop têtu n'est pas ce qu'il y a de mieux dans un club comme le nôtre », confiait-il avec lucidité.

Cette capacité d'adaptation pourrait constituer un atout précieux du côté de Saint-Étienne. Dans un contexte où l'effectif sera encore en pleine (re)construction, avec ses contraintes sportives et économiques, l'ASSE ne pourra sans doute pas façonner un groupe pensé exclusivement pour une seule idée de jeu.

Là réside peut-être la principale différence avec le choix Eirik Horneland. Ian Cathro semble capable d'ajuster sa structure sans jamais renier son identité. Une qualité rare, et sans doute indispensable pour espérer répondre aux exigences d'une Ligue 2 aussi imprévisible.

Ian Cathro, l'homme de la stabilité pour Saint-Étienne ?

Au-delà des considérations tactiques, un mot revient sans cesse dans le discours de Cathro : stabilité. Un mot récemment partagé par Ivan Gazidis, ou Larry Tanenbaum.

Pour le technicien écossais, un club ne se construit pas sur six mois ni même sur une saison exceptionnelle.

Son objectif à Estoril n'était pas de vivre une épopée ponctuelle avant une rechute, mais d'installer durablement une culture de la performance. Une idée qui résonne particulièrement du côté de Saint-Étienne depuis 2 saisons maintenant.

Depuis plusieurs années, l'ASSE enchainent les désillusions, avec son lot de changements d'entraîneurs et remises à zéro successives. Dans ce contexte, le discours de Cathro tranche avec les promesses de remontée immédiate à tout prix.

L'Écossais parle davantage de construire une mentalité, d'encadrer les jeunes avec des joueurs expérimentés, d'installer des standards quotidiens et de créer un environnement où la victoire devient une habitude.

Ce n'est peut-être pas le discours le plus spectaculaire. Mais c'est peut-être précisément celui dont Saint-Étienne a besoin aujourd'hui. Reste désormais à savoir si les dirigeants stéphanois franchiront le pas.

Une chose est sûre, derrière le nom encore discret d'Ian Cathro se cache un entraîneur moderne, exigeant et profondément authentique. Un technicien qui ne promet pas des rêves, mais qui semble savoir exactement comment bâtir des fondations solides.

Cathro une synthèse d'Horneland et Montanier ?

Impossible, en découvrant le profil d'Ian Cathro, de ne pas penser au récent passage d'Eirik Horneland à Saint-Étienne.

Comme le Norvégien, l'Écossais parle d'intensité, d'identité forte et d'une équipe capable d'imposer ses principes. Comme Horneland, il refuse le football de réaction et souhaite voir ses joueurs attaquer plutôt que subir les événements.

Mais c'est peut-être là que s'arrêtent les ressemblances.

À son arrivée à l'ASSE, Eirik Horneland avait assumé une vision extrêmement affirmée du jeu : pressing constant, intensité maximale et volonté de reproduire coûte que coûte les mécanismes qui avaient fait son succès à Brann. Une approche séduisante sur le papier, mais dont les limites sont progressivement apparues dans le contexte stéphanois. Plusieurs joueurs avaient d'ailleurs reconnu après son départ que ce pressing permanent pouvait devenir énergivore et déséquilibrer l'équipe.

Ian Cathro, lui, semble porter une lecture plus pragmatique de ses convictions. Là où Horneland donnait parfois l'impression d'adapter les joueurs à son système, Cathro revendique l'inverse. Adapter la structure à la réalité de son effectif, sans jamais renoncer à ses principes fondamentaux.

Après l'expérience Horneland, Saint-Étienne ne cherche peut-être pas un entraîneur moins ambitieux. Elle cherche sans doute un entraîneur capable de concilier identité forte et adaptation permanente.

Et c'est peut-être précisément ce qui rend le profil d'Ian Cathro aussi intrigant.

Source : Peuple-Vert.fr ; A. Bola (YouTube)