La saison 2025-2026 de l'ASSE est terminée depuis plusieurs semaines. Les barrages face à Nice ont tranché : les Verts restent en Ligue 2 pour un cinquième exercice en six ans. Mais avant de parler recrutement, il faut regarder les données en face. Ce que les chiffres Data'Scout racontent de la saison stéphanoise dessine une feuille de route claire pour Ian Cathro et la direction sportive. Les forces sont réelles. Les lacunes aussi. Et certaines sont structurelles.
L'ASSE n'a pas raté sa montée par manque de talent offensif. La possession à 100 en Ligue 2, la résistance au pressing à 96, le volume de tirs à 89, la finition à 81 : sur le plan offensif collectif, Saint-Étienne était l'une des meilleures équipes du championnat. Le style de jeu de position, proche par similarité du PSG (70 %), de Strasbourg (69 %) et du Bayern Munich (68 %) selon Data'Scout, a fonctionné. Les Verts ont souvent produit. Principalement sous Horneland. Stassin, Davitashvili, Boakye, Cardona ont fait des différences dans le dernier tiers si on prend l'intégralité des chiffres disposnibles sur la saison de Ligue 2.
Le problème était ailleurs. Dans les duels, dans les airs, dans la capacité à tenir un résultat, dans la discipline, dans l'imperméabilité défensive. Ce sont ces lacunes que le mercato estival va devoir attaquer frontalement.
1. Le jeu aérien : la carence la plus criante de l'ASSE
Les chiffres sont sans appel. Défense aérienne : 51. Menace aérienne offensive : 18. Duels aériens disputés par l'équipe : centile 6. Duels aériens gagnés : centile 28. Buts de la tête : centile 22. Taille moyenne de l'effectif : centile 50. L'ASSE est une équipe petite, technique, qui joue au sol. C'est une force quand elle a le ballon. C'est une faiblesse structurelle sur les ballons aériens, les corners adverses, les longs dégagements, les phases arrêtées. En Ligue 2, face à des équipes qui cherchent à contourner la pression stéphanoise par le jeu long et les situations aériennes, c'est un angle d'attaque que les adversaires ont exploité toute la saison.
Pour rappel, ces scores sont des centiles collectifs : un score de 6 sur les duels aériens disputés signifie que 94 % des équipes de Ligue 2 en disputent davantage que l'ASSE par match. Plus le centile est bas, plus la carence est profonde.
L'arrivée attendue de Sohaib Naïr en provenance de Guingamp répond précisément à ce diagnostic. Centile 90 sur les duels aériens gagnés, centile 99 sur les interceptions ajustées à la possession. Naïr est le défenseur central qui domine dans les airs et nettoie les ballons qui traînent. C'est le premier problème que le recrutement est en train de régler.
2. La verticalité et le jeu long : le paradoxe vert
Verticalité : 58. Jeu long : 12. Centres : 23. L'ASSE possède le ballon, résiste au pressing, finit bien sur l'ensemble de la saison. Mais elle ne va pas assez vite vers l'avant. Le jeu est parfois trop horizontal, trop prévisible dans sa recherche de combinaisons courtes. Quand les espaces se ferment, l'équipe manque de solutions directes pour trouver ses attaquants en profondeur ou créer du danger sur les côtés. Philippe Montanier a tenté d'apporter de la profondeur. Quitte à jouer plus bas parfois. Mais la créativité de l'équipe a chuté au fil des semaines.
Ce n'est pas forcément un problème que le mercato résout seul. C'est aussi une question de principes de jeu que Ian Cathro va devoir imposer. L'Écossais, formé dans une culture tactique qui valorise les transitions rapides et la verticalité, pourrait faire évoluer les automatismes offensifs des Verts dans ce sens. Mais un ailier capable de prendre la profondeur seraient des renforts cohérents avec cet objectif.
Seul Irvin Cardona est un joueur d'espace. Il a traversé une saison compliquée. L'ASSE a manqué de profondeur. C'est indéniable. Un manque d'hétérogénéïté dans les profils. Un problème à résoudre.
3. L'endurance et l'intensité : le ventre mou pour l'ASSE
Endurance : 56. Distance parcourue par match : centile 56. Distance à haute intensité : centile 78. Nombre de courses à haute intensité : centile 61. Nombre de sprints : centile 78. Le paradoxe est là : les Verts sprintent beaucoup sur les courses courtes, mais leur endurance globale est insuffisante. Ils font des efforts, mais ne les répètent pas assez sur la durée d'un match, ni sur la durée d'une saison.
C'est exactement ce que Max-Alain Gradel pointait dans son interview : les joueurs semblaient fatigués en fin de saison, l'ASSE a laissé filer la deuxième place dans les dernières semaines du championnat. Le recrutement de la nouvelle cellule de préparateurs physiques n'a pas apporté les effets escompéts l'été dernier. Un des enjeux de l'été sera de calibrer la préparation au projet Cathro et d'un effectif plus large pour mieux gérer la rotation. Avec autant de blessures que cette année, l'écossais pourraient se heurter aux mêmes limites que ces prédecesseurs.
4. La discipline : trop de cartons, trop de fautes
Discipline : 60. Cartons jaunes : centile 83. Cartons rouges : centile 78. Fautes : centile 56. L'ASSE a été trop sanctionnées. Des suspensions au mauvais moment, des fautes qui offrent des coups francs dangereux dans des zones sensibles. Cette indiscipline collective a un coût sportif direct et elle traduit aussi un manque de maîtrise dans les moments de pression. Manque d'expérience ?
Des joueurs qui savent quand fauter et quand ne pas le faire, c'est souvent une question de maturité et d'encadrement. Une maturité qui a parfois manqué cette saison.
5. L'imperméabilité défensive et le défi physique
Imperméabilité : 53. Défi physique : 65. Duels défensifs gagnés : centile 44. Duels défensifs disputés : centile 61. PPDA et intensité défensive à 94 : l'ASSE presse haut et bien. Mais quand l'adversaire passe la première ligne de pression, les duels dans l'axe sont perdus trop souvent. Le bloc bas à 9 est la conséquence directe de cette incapacité à défendre en organisation basse. Quand les Verts doivent reculer et tenir un résultat, la solidité défensive s'effondre.
L'arrivée de Julien Le Cardinal a transformé la défense de l'ASSE. Mais cette dépendance n'est pas normale pour un club comme l'ASSE en Ligue 2. Collectivement, Vathro va devoir trouver la clef de l'équilibre. Et ça pourrait passer par l'entrejeu où des renforts sont attendus.
6. Le gardien : un poste à surveiller pour l'ASSE
Buts concédés : centile 56. Buts évités : centile 61. Tirs subis : centile 56. xG subis : centile 59. Clean-sheets : centile 75. Larsonneur a été correct. 75 en clean-sheets, c'est un bilan honnête. Mais les centiles sur les buts concédés et les tirs subis montrent que le gardien a souvent été exposé par une défense insuffisamment solide devant lui.
La question du poste de gardien dépend donc autant du renforcement défensif que du gardien lui-même. Si la charnière se renforce, Larsonneur peut tenir le niveau. Si elle reste fragile, le poste redeviendra une interrogation. La saison de Larsonneur fait toujours débat au sein des supporters. Le rendu est insuffisant.
ASSE : Ce qu'il faut préserver à tout prix
Pas de quoi être totalement pessimiste. Si certains l'oublient, l'ASSE ne repart pas de zéro. Les dernières semaines ont fait oublier des moyennes bien au-dessus de la Ligue 2 sur beaucoup de compartiments du jeu.
Possession à 100, résistance au pressing à 96, volume de tirs à 89, finition à 81, pressing à 83, agressivité à 83, anticipation à 75. C'est une équipe qui sait jouer au football, qui produit, qui crée. Stassin, même s'il est probable qu'il parte, a produit des chiffres de très haut niveau (19 M€ de valeur marchande). Davitashvili aussi (7,5 M€). Pedro (6 M€). L'ossature offensive est de qualité. La conserver, ou la remplacer intelligemment, est aussi crucial que de combler les lacunes.
Ian Cathro hérite d'un groupe avec un style de jeu identifié et des qualités réelles. Son défi n'est pas de tout réinventer. C'est de construire sur ces bases en ajoutant ce qui manque : de la robustesse aérienne, de la verticalité, de l'endurance collective, de la discipline, de la solidité défensive dans les duels terrestres.
Le mercato qui se dessine va dans cette direction. Naïr pour les airs. D'autres recrues à venir pour la verticalité, le défi physique et le couloir gauche. Et au milieu de tout ça, la question centrale : est-ce que les joueurs qui partent, inévitablement, seront remplacés à hauteur du niveau produit la saison passée ? C'est là que se gagnent ou se perdent les saisons en Ligue 2.



