Spécialiste du football portugais, Alexandre Carvalho a répondu à nos questions sur Ian Cathro, le nouvel entraîneur de l'ASSE, qui nous arrive d'Estoril (D1 portugaise). Voici ses mots.

1. Il semble avoir un caractère bien trempé. As-tu des anecdotes à son sujet qui illustrent ce caractère ?

« La première qui me vient à l’esprit, c’est contre Porto. Il s’est chauffé avec un membre du staff de Porto et, lorsqu’il est allé en conférence de presse, il était encore fou de rage en décrivant la scène. La seconde, c’est contre le Sporting, où il a déclaré en conférence de presse qu’il n’avait pas été bon, mais que l’arbitre non plus. Il dit ce qu’il pense. »

2. La pression entre l’ASSE et celle qu’il a connue à Estoril n’est pas du tout la même. N’est-ce pas un sujet qui pourrait le mettre en difficulté ?

« Pour moi, c’est le gros point d’interrogation. Lorsqu’il était entraîneur à Hearts, en Écosse, il avait eu du mal à gérer la pression médiatique. Après, à cette époque, il avait dix ans de moins qu’aujourd’hui. Il a acquis de l’expérience depuis. Évidemment, passer d’Estoril, où il y a peu de pression, dans une petite ville tranquille près de Lisbonne, au Chaudron et à toute sa pression populaire, ce n’est pas la même chose ! »

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3. Joue-t-il dans plusieurs dispositifs ? S’adapte-t-il à l’adversaire ou impose-t-il sa vision coûte que coûte ?

« Il a un système hybride entre le 4-2-3-1 et le 4-3-3. Après, comme beaucoup d’équipes, il dispose d’une organisation avec ballon et d’une autre sans ballon. Il s’adapte à ses adversaires, même s’il a une philosophie proactive : il veut que son équipe ait le ballon. Après, entre vouloir et pouvoir, il y a parfois une différence. Évidemment, lorsqu’il affronte Porto, Benfica ou Braga, il faut forcément s’adapter. Il aimait bien trouver des solutions pour contrer ces équipes-là. Son identité de jeu est bien ancrée, mais il sait aussi s’adapter. C’est ce qui le rend bon, car ce n’est pas quelqu’un qui renie ses principes, tout en ajustant sa manière de presser ou de défendre. »

4. Défensivement, Estoril a pris l’eau. Problème de joueurs ou tactique déséquilibrée ? Va rééditer ça à l'ASSE ?

« Oui, car peu importe l’adversaire, il presse fort avec un bloc défensif très haut. Cela laissait d’énormes espaces dans son dos. Contre les grosses équipes, qui disposent de grandes qualités techniques, cela peut devenir compliqué. Il aime le football offensif et il a réalisé quelque chose de remarquable avec l’un des plus petits budgets du Portugal. Avec Saint-Étienne, qui aura sûrement l’un des plus gros budgets de Ligue 2 et une équipe construite pour jouer la montée, il devrait encaisser moins de buts. La défense de Saint-Étienne au niveau de la Ligue 2 sera probablement plus solide que celle d’Estoril en première division portugaise. Ce sera donc moins déséquilibré. Au Portugal, quand on cherche à regarder les plus grands dans les yeux en pratiquant un football ambitieux, on s’expose forcément. »