Après chaque match de Ligue 2, Patrick Guillou, ancien défenseur de l'ASSE et consultant pour beIN Sports, livre sa chronique dans Le Progrès. Après la gifle reçue face à Troyes (0-3) samedi soir, l'ancien Vert n'a pas mâché ses mots. Analyse acide et questions qui fâchent, Guillou a dit ce que beaucoup pensaient tout bas.
Le ton est donné dès les premières lignes. Guillou résume la soirée en une formule sèche, presque cruelle dans sa concision : « Lundi matin, la présentatrice météo annonce un temps pluvieux sur Sainté. Résumé du match du week-end ? Chaudron plein, équipe vide. Rideau. »
La promesse d'une grande soirée s'est transformée en désillusion collective. « La promesse du grand raout est annulée. Les prophètes du malheur ne seront pas surpris. » Et pour enfoncer le clou : « Dans cette fête aux fraises du samedi soir, les 'Fahmy's Boys' ont perdu la main. »
ASSE : "Plus de son, plus d'image pour les Verts"
Guillou concède que la première mi-temps avait été acceptable « Quarante-cinq minutes plutôt correctes. Des intentions, des joueurs récitant une poésie footballistique approximative, mais avec quelques opportunités. » Mais la reprise a tout effacé.
« Que s'est-il passé pendant la pause citron ? À la reprise, mauvaise limonade. L'équipe troyenne se transforme soudainement en broyeur de bonnes intentions. Plus de son, plus d'image pour les Verts. Black-out collectif ! »
Une image forte, qui résume le sentiment de beaucoup de supporters après une seconde mi-temps où l'ASSE a semblé ne plus exister. « Ça court, ça s'agite, mais ça ne sait plus quoi faire. »
"À la première gifle, l'ASSE tend l'autre joue pour une belle fessée"
C'est là que Guillou sort ses mots les plus durs. Il identifie un mal profond, cette incapacité récurrente des Verts à réagir quand le coup dur arrive. « Comment expliquer cette capacité fascinante à disparaître dès que le vent tourne ? À la première gifle, l'ASSE tend l'autre joue pour une belle fessée. L'équipe verte est prise au piège de ses propres illusions. Ça finit en naufrage organisé. »
Sur Larsonneur et la communication post-match, il est particulièrement cinglant : « 'Larsonneur' symbolise la faillite des cadres. L'ultime rempart aux 112 buts encaissés sur les deux dernières saisons change de costume après le match. En chargé de la communication, mais surtout de diversion, il masque le but vidéo gag encaissé. »
Les jokers habituels épinglés un par un
Guillou n'a aucune patience pour les excuses de façade. Il les liste et les démonte méthodiquement : « Deux manières de passer au crible cette défaite. La première : pointer du doigt l'arbitre. C'est souvent le joker universel servant de cache-misère. Quand le scénario dérape, deux autres rideaux de fumée sont déployés : les blessés et les statistiques. »
Et il complète : « Pour cacher les évidences sous le tapis, la psychologie de comptoir est un précieux allié — manque de confiance, effectif déséquilibré, projet en cours de construction. » Des formules qu'on entend souvent dans les couloirs de l'Étrat. Guillou les renvoie en boomerang.
Guillou : "À L'Étrat, les partisans du déni vivent dans un monde parallèle"
La charge finale vise l'organigramme du club, sans nommer directement. « À L'Étrat, les partisans du déni continuent de vivre dans un monde parallèle. Sont-ils déjà sous d'autres cieux ? Souvent dans le milieu des gants blancs, ce sont les simples collaborateurs qui mettent les mains dans le cambouis. »
Et pour finir, une question qui résonne comme un avertissement : « La Ligue 1 n'est pas loin pour les 'Fahmy's Boys'. Et sinon, dans la vraie vie, une question s'impose : la Ligue 1, mais pour quoi faire ? »
Six mots pour tout résumer. Guillou ne dit pas que la montée est impossible. Il dit quelque chose de plus dérangeant : et si les Verts montaient sans avoir les moyens de leurs ambitions ? Et si la L1 arrivait trop tôt, sur des bases trop fragiles ?
Ce sont les questions que beaucoup de supporters stéphanois commencent à se poser ce lundi matin.