Alors que Philippe Montanier semblait avoir redonné une structure et une stabilité sportive à l’ASSE, Kilmer Sports Ventures s’apprête à tourner une nouvelle page. Le départ du technicien français et la volonté affichée de recruter un entraîneur étranger interrogent. Après l’échec d’Eirik Horneland, le propriétaire canadien ne prend-il pas le risque de repartir une nouvelle fois de zéro ?
L’annonce du départ de Philippe Montanier a surpris une partie de l’environnement stéphanois. Arrivé en janvier dans une situation délicate après l’échec du pari Eirik Horneland, l’ancien entraîneur de Toulouse avait pourtant réussi à remettre l’ASSE dans le sens de la marche. En quatre mois, les Verts ont retrouvé une assise défensive, enchaîné plusieurs victoires consécutives et se sont replacés dans la course à la montée directe.
Certes, l’objectif final n’a pas été atteint. La défaite en barrage face à Nice laisse une immense frustration. Mais dans le même temps, une forme de stabilité semblait enfin émerger dans un club qui a multiplié les ruptures depuis plusieurs saisons. En laissant partir Montanier et en se mettant en quête d’un nouveau profil étranger, Kilmer Sports Ventures accepte de relancer un nouveau cycle.
Une stratégie qui rappelle le pari Horneland
Selon L'Équipe, la direction stéphanoise privilégie désormais un entraîneur étranger. Un choix qui peut surprendre au regard de l’histoire récente du club.
Il y a seulement un an, Kilmer avait déjà tenté cette voie avec Eirik Horneland. Réputé en Norvège pour le football offensif développé à Brann, le technicien n’avait jamais réussi à s’adapter aux réalités du championnat français. Malgré des idées séduisantes, l’expérience s’est terminée dès janvier après une première partie de saison largement insuffisante.
L’échec du Norvégien n’est évidemment pas uniquement le sien. L’effectif présentait des déséquilibres évidents et plusieurs recrues estivales n’ont jamais donné satisfaction. Mais il a mis en lumière une réalité que les connaisseurs ne méconnaissaient pas : la Ligue 2 demeure un championnat très particulier où la connaissance du contexte compte souvent autant que les qualités tactiques.
Philippe Montanier l’a d’ailleurs lui-même laissé entendre ces dernières semaines lorsqu’il évoquait un effectif mal construit et un manque de solutions offensives.
L'histoire de la Ligue 2 plaide pour l'expérience française
Les chiffres des trente dernières saisons renforcent cette interrogation.
Depuis 1979, en 46 exercices, 43 entraîneurs sacrés champions de Ligue 2 étaient français ou bi-nationaux. Christophe Pélissier avec Auxerre, Olivier Pantaloni avec Lorient, Philippe Montanier avec Toulouse, Laurent Batlles avec Troyes, Vincent Hognon avec Metz ou encore David Guion avec Reims ont tous réussi leur mission grâce à une parfaite connaissance du championnat.
Les exceptions existent. Luka Elsner (Slovénie) a mené Le Havre au titre en 2023. Claudio Ranieri (Italie) avait dominé la Ligue 2 avec Monaco en 2013. László Bölöni (Hongrie-Roumanie) est devenu champion en 1998 avec Nancy. Mais ces cas restent rares. La Ligue 2 récompense souvent les entraîneurs capables de maîtriser un championnat particulier, où l'expérience reste fondamentale.
Une pression énorme sur Kilmer
La question dépasse aujourd’hui le seul choix du futur entraîneur. Elle concerne la stratégie globale du propriétaire canadien qui, à travers la voix de Larry Tanenbaum, s'ennorgueilli de prôner la stabilité.
Depuis son arrivée, Kilmer Sports Ventures a investi massivement. Pourtant, les deux premiers mercatos ont produit peu de certitudes. Plusieurs recrues coûteuses ont déçu et la montée n’a pas été obtenue malgré le deuxième effectif le plus valorisé du championnat (ndlr : derrière Reims).
Dans ce contexte, le remplacement de Montanier ressemble à un nouveau pari. Or, l’ASSE n’a plus forcément le luxe d’accumuler les expérimentations. La saison 2026-2027 s’annonce plus relevée que jamais avec Reims, Montpellier, Nantes ou encore Metz parmi les concurrents.
En choisissant un entraîneur étranger, Kilmer peut démontrer sa capacité à identifier un profil capable d’apporter une réelle plus-value. Mais si ce choix se révèle aussi risqué que celui d’Horneland, la direction stéphanoise devra alors assumer une question qui commence déjà à émerger autour du club : fallait-il vraiment repartir de zéro alors qu’une forme de continuité semblait enfin possible avec Philippe Montanier ?
