Il fallait bien que la série s'arrête. Après cinq victoires en autant de journées, l'ASSE a connu sa première défaite de la saison lundi soir à Dunkerque (2-1). Mais au-delà du résultat, c'est surtout la manière qui laisse un goût amer. Retour sur la rencontre en statistiques.

Face à des Dunkerquois valeureux, généreux et parfaitement conscients de la recette à appliquer, Saint-Étienne a donné l'impression de vouloir gagner le match sans toujours vouloir le disputer.

Les Verts avaient pourtant fait le plus dur

À la pause, difficile d'imaginer un autre scénario qu'une nouvelle victoire stéphanoise.

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L'ASSE avait pris le contrôle du ballon et s'était procuré les meilleures situations. À la 43e minute, Zuriko Davitashvili trouvait parfaitement Augustin Boakye, qui concluait pour donner l'avantage aux siens. Le but récompensait une première période globalement maîtrisée.

Mais ce qui semblait alors être une soirée dans la continuité des cinq premières journées allait rapidement prendre une autre tournure. Dunkerque n'a pas eu besoin de multiplier les occasions. Les Nordistes ont simplement attendu leur moment, avec cette énergie qui leur avait parfois fait défaut dans les chiffres mais jamais dans l'engagement.

À la 52e minute, Khalil Ayari égalisait sur un service de Souleymane Keita. Six minutes plus tard, Keita devenait à son tour buteur, cette fois servi par Victor Mayela. Deux buts en six minutes. Deux coups de poignard dans une équipe stéphanoise soudainement incapable de reprendre le contrôle du match.

Domination stérile

C'est là que cette défaite devient particulièrement frustrante. Car si l'on se contente de regarder les chiffres, l'ASSE aurait presque dû repartir de Dunkerque avec trois points dans les valises.

Les Verts affichent 2,01 xG, contre seulement 0,55 pour les locaux. Ils comptent également 2,16 xG cadrés, contre 0,41 pour Dunkerque. Trois grosses occasions ont été créées par les Stéphanois, aucune par leurs adversaires.

Même constat dans la surface. Saint-Étienne y a tenté neuf tirs, contre seulement trois pour Dunkerque. Au total, les hommes d'Ian Cathro ont frappé onze fois, dont cinq tentatives cadrées.

Et comme si cela ne suffisait pas, un ballon est même venu heurter le montant. Alors oui, l'ASSE aurait pu gagner.

Mais c'est précisément ce qui rend cette défaite amer. Elle n'a pas perdu faute d'avoir les moyens de s'imposer. Elle a perdu parce qu'elle n'a pas suffisamment imposé sa volonté.

Les Verts avaient le ballon, Dunkerque avait le match

La nuance est importante. Avec 57 % de possession et 87 % de passes réussies, Saint-Étienne a largement eu la maîtrise technique de la rencontre. Dans le dernier tiers, les Stéphanois affichent encore 72 % de passes réussies contre 64 % pour Dunkerque.

Ils ont même touché 29 ballons dans la surface adverse, contre seulement cinq pour les Nordistes.

Sur le papier, l'écart est considérable. Mais le football ne se joue pas sur un tableur.

Dunkerque a accepté de courir après le ballon. En revanche, les Nordistes ont refusé de courir après les Stéphanois. Ils ont mis de l'impact, de l'agressivité, de la disponibilité et surtout une vraie volonté de gagner les duels.

C'est peut-être là que se trouve la véritable explication de cette soirée. L'ASSE a maîtrisé le jeu. Dunkerque a maîtrisé le rapport de force.

Le combat était dunkerquois

Une statistique résume presque à elle seule la rencontre : 55 duels remportés par Dunkerque, contre 42 pour l'ASSE.

Treize duels de différence. Treize petits moments où il fallait aller chercher un ballon, mettre le pied, résister à un adversaire, gagner un deuxième ballon ou simplement montrer que l'on ne voulait pas céder.

Les Nordistes ont également dégagé 26 ballons, contre seulement dix pour les Stéphanois, et réalisé 13 interceptions contre cinq.

Autrement dit, lorsque le match s'est transformé en bataille, Dunkerque a répondu présent.

Les locaux ont d'ailleurs accepté de jouer avec leurs armes. Vingt fautes commises contre quinze côté stéphanois, six hors-jeux provoqués contre trois : le plan était clair. Casser le rythme, mettre de l'intensité, presser, provoquer les duels et empêcher l'ASSE de s'installer confortablement dans son football.

Ce n'était peut-être pas le match le plus élégant de la saison. Mais c'était un match que Dunkerque voulait gagner. Et cela s'est senti.

Larsonneur impuissant

Dans cette soirée difficile, Gautier Larsonneur n'a pas non plus connu sa meilleure partition.

Le portier stéphanois termine avec des buts évités à -1,59, quand son homologue Ramos affiche +1,16.

Sur le premier but, le relâchement collectif et le marquage interpellent davantage que le gardien lui-même. Sur le second, en revanche, son placement pourra nourrir quelques interrogations.

Mais lui faire porter la responsabilité de cette défaite serait trop facile. Parce que cette fois, le problème était ailleurs.

L'ASSE n'a pas été dépassée par une équipe supérieure. Elle a été dépassée par une équipe qui en voulait davantage.

Une première alerte, pas un signal d'alarme

Il serait évidemment excessif de tirer des conclusions définitives après cette première défaite de la saison.

Cinq victoires consécutives avaient installé cette équipe dans une dynamique exceptionnelle. Un revers à Dunkerque ne suffit pas à effacer ce qui a été construit depuis le début du championnat.

Mais cette soirée rappelle une chose essentielle à l'ASSE. En Ligue 2, aucun match ne se gagne uniquement avec la qualité technique.

Il faudra parfois savoir souffrir. Courir davantage. Gagner les duels. Répondre à l'intensité adverse. Et surtout, montrer dès les premières minutes que l'on est venu pour imposer quelque chose.

À Dunkerque, les Verts avaient le ballon, les occasions et les statistiques.

Les Dunkerquois, eux, avaient quelque chose de plus difficile à mesurer, l'envie de ne rien lâcher.