En moins d'un an, l'ASSE est passée par trois entraîneurs aux profils bien différents. Eirik Horneland, Philippe Montanier puis Ian Cathro. Derrière les résultats, leurs données tactiques racontent aussi trois visions du football. Une comparaison qui doit toutefois être nuancée, car chaque technicien a travaillé avec un effectif, un championnat et des objectifs différents.

Lorsque Kilmer Sports Ventures choisit Eirik Horneland, le message est clair : l'ASSE veut imposer un football moderne, intense et dominateur. Les données confirment cette identité. En additionnant son travail à Brann et à Saint-Étienne, le Norvégien se distingue par une possession importante, un pressing permanent, une forte agressivité et une excellente résistance au pressing adverse.

Ses équipes cherchent à récupérer très haut, refusent le bloc bas et privilégient une relance propre plutôt que le jeu long. C'est un football exigeant, qui demande énormément d'efforts physiques et une coordination permanente.

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Cette identité n'a pourtant jamais réellement pris dans le Forez. Les blessures, les difficultés d'adaptation et le manque de résultats ont conduit l'ASSE à mettre fin à son aventure en janvier dernier. Le projet était cohérent sur le papier, mais il n'a jamais trouvé la régularité attendue.

Montanier a relancé l'ASSE sans renier son identité

Pour sauver la saison, les dirigeants ont ensuite confié l'équipe à Philippe Montanier. Le changement de style apparaît immédiatement sur les radars proposés par Datascout. L'ancien technicien toulousain assume davantage le jeu direct, les longs ballons et les phases de transition. Son football s'appuie moins sur une domination constante et davantage sur l'efficacité.

Ce pragmatisme a rapidement porté ses fruits. L'ASSE a retrouvé de la stabilité, engrangé davantage de points et s'est relancée dans la course à la montée. Finalement, les Verts ont échoué de peu, sans parvenir à retrouver la Ligue 1.

Les chiffres illustrent parfaitement cette approche. Les équipes de Montanier utilisent plus volontiers le jeu long et les duels aériens, tout en affichant une intensité plus mesurée que celles de Horneland. Une philosophie moins spectaculaire mais souvent plus adaptable. Il aura finalement manqué peu de choses à Montanier. Certainement davantage de réalisme défensif et de réussite offensive, notamment à Bastia ou face à Troyes en fin de championnat.

Cathro, une synthèse des deux ?

Le profil de Ian Cathro est intéressant. Son radar se situe presque à mi-chemin entre ceux de ses deux prédécesseurs. Comme Horneland, l'Écossais veut des équipes capables de presser haut, de récupérer vite le ballon et de jouer dans le camp adverse. Mais contrairement au Norvégien, son approche semble moins extrême. Les indicateurs apparaissent beaucoup plus équilibrés. Aucun compartiment du jeu n'est poussé à son maximum.

À l'inverse, Cathro s'éloigne aussi du pragmatisme de Montanier. Il utilise moins le jeu long et cherche davantage à construire les actions. Son Estoril développait un football de possession, mais sans renoncer aux transitions lorsque la situation s'y prêtait.

Le premier match contre Biel-Bienne a déjà laissé entrevoir cette idée : un pressing coordonné, des récupérations hautes et une volonté permanente de repartir vite vers l'avant, sans pour autant déséquilibrer totalement le bloc.

Des données à interpréter avec prudence

Ces radars offrent des tendances, pas des certitudes. Les chiffres de Horneland agrègent son passage réussi à Brann et ses mois plus compliqués à l'ASSE. Ceux de Montanier sont fortement influencés par sa mission de six mois à Saint-Étienne, où l'urgence du résultat imposait certains choix. Quant à Ian Cathro, ils proviennent de son travail à Estoril, dans un championnat et un projet sportif très différents de ceux de l'ASSE.

Autrement dit, comparer directement les trois entraîneurs serait réducteur. En revanche, les données permettent de comprendre leur ADN footballistique. Horneland incarnait un projet très affirmé. Montanier a ramené du pragmatisme et des résultats. Cathro semble représenter une troisième voie : celle d'un football ambitieux, intense, mais davantage tourné vers l'équilibre. C'est sans doute cette nuance qui a convaincu Kilmer Sports Ventures de lui confier la reconstruction sportive de l'ASSE.

Vert : Horneland / Orange : Montanier / Bleu : Cathro