Malgré une nouvelle défaite à Rodez, l’ASSE reste miraculeusement en course pour la montée en Ligue 1. Mais entre tensions, doutes et incohérences, le peuple vert peine à y croire.
Samedi soir, à Rodez, l’AS Saint-Étienne a sombré une troisième fois de suite (2-1). Une défaite de plus, la dixième en 33 journées de Ligue 2. Une de trop pour masquer les failles. Et pourtant, dans un scénario presque irréel, les Verts ne sont pas encore hors course pour une montée directe en Ligue 1. Il suffirait d’un concours de circonstances favorable, d’un dernier sursaut. Mais une question s’impose : le cœur y est-il encore ?
ASSE : une équipe au bord de la rupture
Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est même plus le classement. C’est le contenu. L’atmosphère autour du club est lourde. La scène de fin de match à Rodez en est le symbole parfait. Des supporters excédés, des mots forts lâchés – “tricher” – et un entraîneur, Philippe Montanier, sorti de ses gonds.
Comment en est-on arrivé là ? Il faut rembobiner. Juin 2024. Une montée arrachée au forceps. Un nouvel investisseur, Kilmer Sport, qui promet monts et merveilles. Des moyens, une ambition retrouvée. Et dans le même temps, une Ligue 1 fragilisée par la crise des droits TV. Tous les signaux semblaient au vert.
Mais la réalité a vite rattrapé l’ASSE. Une saison cauchemardesque dans l’élite. 77 buts encaissés. Une relégation immédiate. L’ascenseur sans résistance.
Et derrière, une révolution silencieuse. Staff renouvelé. Cellule performance étoffée. Méthodes modernisées. Sur le papier, tout change. Sur le terrain, pas grand-chose.
Des illusions qui persistent
Cette saison devait être celle du rebond. Elle ressemble à une longue désillusion. Présentée comme “le PSG de la Ligue 2”, l’ASSE n’a jamais vraiment assumé ce statut. Pire : elle a souvent donné l’impression d’être surcotée.
Le constat est brutal. Les recrues estivales ? Aucune titulaire à Rodez. Un signal fort. Une cellule de recrutement qui interroge. Entre paris exotiques, data mal exploitée et profils inadaptés, les erreurs s’accumulent. Le rectangle vert lui ne ment pas : un titre de champion promis qui s'est envolé.
Et comme souvent, les corps lâchent. L’infirmerie ne désemplit pas. Dernier coup dur en date : la blessure de Kevin Pedro, sans doute le joueur le plus performant de cette seconde partie de saison. Un symbole de plus d’un effectif fragilisé.
Dès lors, une question dérange : à quoi bon avoir repris si tôt, mi-juin, pour arriver aussi épuisé au moment décisif ?
ASSE : une montée… sans fondations ?
Et pourtant, le paradoxe est total. Malgré tout cela, l’ASSE peut encore monter. Une victoire contre Amiens. Un faux pas du Mans. Et les Verts pourraient valider une accession directe.
Mais pour faire quoi ?
C’est là que le malaise s’installe vraiment. Car rien, ou presque, ne laisse penser que le club est prêt. L’effectif n’est pas supérieur à celui de la saison passée. Il faudra recruter massivement. Encore. Mais avec quelle garantie de réussite ?
Depuis deux ans, la stratégie de Kilmer Sport interroge. Beaucoup d’essais. Peu de certitudes. Et une cohérence difficile à lire. En parallèle, plusieurs joueurs ne semblent plus en phase avec le projet long terme affiché : retrouver l’Europe en trois ans.
Un objectif ambitieux. Peut-être trop.
Alors oui, l’ASSE peut monter. Mais aujourd’hui, cette perspective ne fait plus rêver. Elle inquiète presque. Car une montée sans bases solides, sans identité retrouvée, pourrait n’être qu’un nouveau point de départ vers une autre chute. Et au fond, c’est peut-être ça le vrai problème.