À deux jours du passage en commission à Beauvau, Tom Dufieu, porte-parole des Green Angels, brise le silence. Face à une nouvelle procédure de dissolution, il détaille la stratégie de défense du groupe et pose les mots sur une situation qu’il juge profondément injuste dans les colonnes de l'Equipe.

Le Chaudron ne se dissout pas. Le message résonne à nouveau dans les rues de Saint-Étienne. Un an après avoir obtenu un sursis in extremis, les Magic Fans et les Green Angels se retrouvent une nouvelle fois dans le viseur du ministère de l’Intérieur. Ce samedi, un rassemblement est organisé en ville avant la réception de Dunkerque à 20 heures. Lundi, les deux groupes passent en commission à Beauvau. Dans un entretien accordé à L’Équipe, Tom Dufieu expose la position des Green Angels avec une clarté qui tranche avec le flou entretenu par les autorités.

Une procédure vécue comme un coup de massue par les Green Angels

La notification formelle n’est arrivée que fin mars. Quelques jours de bruits de couloir, puis le couperet. Tom Dufieu ne cache pas la brutalité de la chose : « Elle s’inscrit dans un contexte politique national qui nous dépasse totalement. Contrairement à l’année dernière, où on avait eu plusieurs mois pour s’y préparer, on n’a cette fois eu des bruits de couloir que quelques jours avant. »

Ce qui aggrave la situation, c’est le silence des autorités depuis un an. Après la dissolution avortée de 2025, les Green Angels avaient multiplié les demandes de rendez-vous, au niveau local comme national. Réponse : porte close à chaque fois. « La préfecture de la Loire a maintenu, malgré l’arrivée d’une nouvelle préfète, sa doctrine qui existe depuis 2013 : ne pas dialoguer avec les groupes. C’est dommage de ne pas laisser le temps de mettre en place des choses concrètes. »

Un bilan concret ignoré par l’État

Pourtant, les Green Angels ne sont pas restés les bras croisés. En un an, le groupe a tenu tous les engagements pris. Une charte de bonne conduite instaurée pour l’ensemble des supporters de Geoffroy-Guichard, un nouveau système d’entrée du matériel avant les matchs, un travail sur les procédures internes incluant les interdictions commerciales de stade, un nouveau contrat local de sécurité. Des avancées concrètes, documentées, que Tom Dufieu résume sans détour.

Face aux accusations de violence structurelle portées par les autorités, il oppose des chiffres : « Il n’y a aucune procédure judiciaire en cours à l’encontre de notre groupe ou de nos membres et, à l’heure actuelle, il y a seulement deux interdictions judiciaires de stade à Saint-Étienne. » Un bilan qui, selon lui, contredit frontalement la thèse d’une association dangereuse par nature.

Une défense construite sur les failles de l’administration par les Green Angels ?

Sur la rixe de Grenoble, qui a pesé dans la relance de la procédure, Tom Dufieu ne botte pas en touche : les affrontements ne sont pas acceptables. Mais il refuse la logique de responsabilité collective. « C’est autre chose de rendre coupable une association collectivement pour des faits qui sont parfois très individualisés. »

Pour la commission de lundi, la stratégie est claire. Des éléments nouveaux seront apportés, des erreurs factuelles du dossier administratif seront corrigées. Et les Green Angels entendent démontrer ce qu’ils appellent « l’improvisation totale de l’administration ». Le message est cinglant : « On nous reproche d’avoir échoué dans un dialogue qui n’en est pas un. À chaque fois qu’on a toqué, on a trouvé porte close. Pour travailler en bonne intelligence, il faut être deux. »

Un optimisme prudent, un avertissement politique

Malgré tout, Tom Dufieu dit garder espoir. Que la commission écoute les acteurs locaux, unanimement opposés à la dissolution. Que le ministère prenne la mesure de ce que signifie dissoudre deux associations trentenaires. « On va se priver de dialogue, d’encadrement, de moyens de régulation. Quand on dissout une structure, on n’éradique pas la violence. Au contraire. »

Et de conclure avec une phrase qui résume tout : « Quand on voit les soutiens apportés l’an dernier et cette année encore, avec un sujet qui met d’accord l’ensemble de l’échiquier, c’est peut-être que le choix politique est mauvais. »

Lundi, la commission rendra son avis. Le Chaudron retient son souffle.