L1 - L2 : Le football français est au bord du gouffre. La DNCG vient de publier ses bilans annuels pour la saison 2024-2025, et les chiffres donnent le vertige : 1,4 milliard d'euros de pertes structurelles pour 34 clubs de Ligue 1 et Ligue 2 réunis. Un désastre financier que le journaliste d'investigation Romain Molina décortique sans filtre dans sa dernière vidéo.
Le chiffre qui circule dans les médias, environ 466 millions d'euros de déficit final, est déjà alarmant. Mais il masque une réalité bien plus sombre. Ce résultat est obtenu après la vente de joueurs — plus de 800 millions d'euros de plus-values générées en appauvrissant le championnat — et après les injections de capital des actionnaires, parfois de plusieurs dizaines de millions. Avant tout ça, le déficit structurel, celui qui traduit la vraie santé du modèle économique, dépasse 1,4 milliard d'euros. Pour 34 clubs seulement, puisqu'Ajaccio et Martigues, relégués administrativement, ne figurent même pas dans les bilans.
Mauvaise gouvernance, masses salariales déconnectées des revenus, commissions d'agents parfois records, opacité financière : les causes sont connues depuis longtemps. La crise des droits TV a accentué le phénomène, elle ne l'a pas créé.
L'OL et l'OM : les naufragés du championnat
Les deux Olympiques tirent le bilan vers le bas de façon spectaculaire. Lyon affiche 208 millions d'euros de pertes nettes, un record absolu en France. Marseille suit avec près de 105 millions. À eux deux, ils pèsent une part écrasante du déficit global de la Ligue 1.
Pour l'OL, Romain Molina soulève une question qui dérange en L1. Comment la DNCG a-t-elle pu autoriser Lyon à dépenser plus de 40 millions sur le marché des transferts, quand dans le même temps elle interdisait à Angers de lever une simple option d'achat pour un gardien ? Ce deux poids deux mesures interroge sur l'indépendance réelle du gendarme financier du football français, et rappelle douloureusement la gestion calamiteuse des Girondins de Bordeaux, laissés couler sans réaction suffisamment anticipée.
Marseille, de son côté, paie l'héritage d'une gestion dispendieuse sans Ligue des Champions. 125 millions de pertes avant transferts. L'avertissement avait été lancé depuis longtemps : sans les revenus européens, l'OM ne tient pas. Les chiffres le confirment brutalement.
PSG, Rennes, Reims : même les riches coulent en L1
Le Paris Saint-Germain génère 837 millions d'euros de revenus. C'est quatre à cinq fois plus que les plus gros budgets du championnat. Sa masse salariale atteint 543 millions. Malgré la victoire en Ligue des Champions, le club perd encore 111 millions avant transferts. Ce seul chiffre résume l'absurdité du modèle économique du football moderne.
Rennes joue la même partition, mais en plus discret. Le Stade Rennais affiche 50 millions de pertes avant transferts dans ses comptes officiels. En réalité, si l'on intègre les commissions d'agents — près de 25 millions — et les amortissements des transferts comptabilisés séparément comme Monaco, le déficit structurel grimpe aux alentours de 130 millions. Une catastrophe qui se confirme en L1.
Reims, longtemps présenté comme un modèle de gestion vertueuse, est peut-être le cas le plus sidérant. Le club génère 40 millions de revenus. Il a dépensé plus de 100 millions sur une saison, pour un déficit de 62 millions avant transferts. Et il est descendu en Ligue 2. Le tout en sachant pertinemment que les droits TV allaient s'effondrer. Comment une direction peut-elle valider un tel train de vie dans ces conditions ?
L'ASSE dans le rouge, sauvée par son propriétaire canadien
Saint-Étienne n'échappe pas au tableau noir. Les Verts ont perdu environ 40 millions avant transferts lors de leur saison en Ligue 2. Un chiffre considérable pour un club de deuxième division. C'est le propriétaire canadien, Larry Tanenbaum, qui a comblé le trou. Sans cette injection de capital, le scénario aurait pu tourner au cauchemar financier.
La question qui se pose maintenant est simple : avec des droits TV encore en baisse cette saison, avec un retour attendu en L1 sous Philippe Montanier qui implique des investissements supplémentaires, comment l'ASSE va-t-elle équilibrer ses comptes ? L'apport extérieur des actionnaires ne peut pas être la seule réponse structurelle. Strasbourg, Lorient, Nantes — tous dépendent aujourd'hui de la générosité de leurs propriétaires pour survivre. Et le jour où ces propriétaires partent, le club meurt.
La Ligue 2 n'est pas en reste. Caen et Amiens perdent chacun 10 millions. Lorient — filiale de Bournemouth — brûle 39 millions avant transferts en deuxième division. Le PFC arrive en Ligue 1 avec 31 millions de masse salariale, soit plus qu'Angers ne gagnait en revenus totaux lors de sa saison dans l'élite. Clermont reverse plus de 25 % de ses revenus à la holding de son propriétaire via des management fees. Le football français, à tous les niveaux, tourne à l'envers.
Il n'y a pas de modèle viable. Il n'y a que des actionnaires qui signent des chèques, des clubs qui vendent leurs meilleurs joueurs pour survivre, et un gendarme financier dont l'indépendance est régulièrement questionnée. Tant que rien ne changera structurellement, le prochain bilan DNCG ressemblera au précédent. En pire.