Ancien joueur professionnel devenu dirigeant, Gérard Soler a porté plusieurs casquettes dans le football français. Dans une longue interview accordée au Podcast des Légendes, il est revenu sur son parcours, son rapport au pouvoir dans le football et son lien particulier avec l’AS Saint-Étienne.

Avant d’entrer dans le monde du football professionnel par la porte des bureaux, Gérard Soler a suivi un parcours atypique. “J’ai travaillé dans la publicité, chez Jean-Claude Darmon. Il m’a appris énormément de choses”, explique-t-il. Une école de rigueur et de négociation qui lui servira ensuite lorsqu’il rejoint l’AS Saint-Étienne, directement à un poste à responsabilités. “Je suis arrivé à Saint-Étienne tout de suite dans le monde pro, pendant six ans. Je n’ai pas choisi le terrain, j’ai été président délégué”, rappelle-t-il.

Gérard Soler : "C’est très compliqué, le monde du football"

Une fonction rare pour un ancien joueur, et pas sans contrepartie. “Il n’y a pas beaucoup de footballeurs qui ont été présidents délégués. On te le fait payer un peu”, confie Gérard Soler. “Tu ne peux avoir qu’un seul entraîneur, qu’un adjoint, qu’un responsable du centre de formation. Donc tout le monde te regarde différemment”. Dans ce monde de réseaux et d’intermédiaires, chaque décision crée des frustrations. “Soit tu n’as pas appelé les bonnes personnes, soit tu aurais dû les appeler. C’est très compliqué, le monde du football.”

Soler insiste aussi sur la différence fondamentale entre le métier d’entraîneur et celui de dirigeant. “Quand tu es coach, tu peux toujours réconforter ceux qui n’ont pas joué la semaine d’avant. Quand tu es directeur sportif ou dirigeant, tu dois payer les décisions, parfois six mois après”. Une exposition permanente, assumée, mais lourde. “Oui, c’est un métier à risque. Avec des avantages, bien sûr. Mais la pression est permanente.”

Puis vient cette phrase, volontairement provocatrice, qui résume sa vision du pouvoir. “Moi, j’aimais quand on perdait”, lâche-t-il. “Quand tu gagnes, tout le monde s’accapare la victoire. Du stadier jusqu’à la famille du joueur. Quand tu perds, tu es tout seul. Et là, tu peux travailler.” Une solitude qu’il décrit comme presque nécessaire pour avancer, loin des discours de façade.

Son plus grand regret comme joueur...

Malgré cette lucidité parfois dure, l’émotion reprend vite le dessus lorsqu’il évoque l’ASSE. “Une des plus belles fêtes de ma vie, c’est la montée avec Saint-Étienne (ndlr : de la Ligue 2 à la Ligue 1 en 1999/2000) quand j’étais dirigeant. L’émotion était énorme”, se souvient-il, racontant une nuit de célébration interminable. Lui qui se définit pourtant comme peu fêtard. “J’aimais surtout être ensemble et partager.”

Sur la question du club de cœur, Gérard Soler ne triche pas. “Mon club de cœur, c’est Sochaux. Mais le club du sang, ce sont les Verts.” Un lien viscéral, renforcé par un regret. “Quand j’ai connu ce qu’était Saint-Étienne, je me suis dit que j’avais été bête de refuser d’y jouer quand Garonnaire me cherchait.” Et de conclure, sans nostalgie forcée : “À cette époque-là, être joueur à l’ASSE, ça devait être magique. Geoffroy-Guichard est magique. Le peuple vert, hier comme aujourd’hui, est magique.”

Un témoignage qui dit beaucoup de Saint-Étienne, mais aussi du football tel qu’il se vit loin des micros.