L'AS Saint-Étienne vit une rupture historique dans sa gestion financière. Longtemps habituée à des exercices comptables à l’équilibre, le club stéphanois affiche désormais un déficit massif, révélateur d’un virage stratégique opéré depuis le rachat par Kilmer Sports. Un choix assumé par les nouveaux dirigeants de l'ASSE, loin des pratiques de l’ère Romeyer–Caïazzo, et qui éclaire différemment les chiffres de la saison 2025.
Pendant des années, l’ASSE a cultivé une forme de stabilité budgétaire. Sous la gouvernance de Roland Romeyer et Bernard Caïazzo, les comptes étaient globalement équilibrés, mais rarement créateurs de valeur. Cet équilibre reposait en grande partie sur la cession régulière d’actifs : ventes de joueurs, externalisation de revenus commerciaux, et arbitrages permanents pour compenser la baisse structurelle des recettes sportives. Une gestion prudente en apparence, mais qui a progressivement appauvri le club, jusqu’à laisser des fonds propres proches de zéro au moment de la vente en 2024.
Un déficit record pour l'ASSE, mais à lire avec nuance
Les comptes sociaux de la saison 2025, décortiqués par Sportune, font apparaître une perte nette de 30,026 millions d’euros, contre environ 2 millions un an plus tôt. Un chiffre impressionnant, record dans l’histoire récente du club, mais qui mérite d’être décortiqué. Sur ce total, près de 11 millions d’euros correspondent à l’acquisition de Sportfive, un investissement stratégique destiné à reprendre la main sur l’activité commerciale. En réalité, la perte opérationnelle “pure” se situe donc davantage autour de 19 millions d’euros.
Cette dégradation s’explique principalement par une hausse spectaculaire des charges d’exploitation, en augmentation de 30 %, pour atteindre plus de 71 millions d’euros. La masse salariale, charges sociales comprises, bondit de 47 % et frôle désormais les 30 millions d’euros. Un niveau cohérent avec une politique sportive plus ambitieuse, mais aussi avec la nécessité de structurer un club revenu dans l’élite, dans un contexte de droits TV quasi taris.
Des revenus en hausse, mais insuffisants
Paradoxalement, le chiffre d’affaires progresse nettement, passant de 19 à 28,8 millions d’euros grâce au retour en Ligue 1. Le sponsoring et les opérations commerciales génèrent 12,9 millions d’euros, la billetterie et les abonnements 8,6 millions, tandis que les droits TV atteignent 7,2 millions. Une hausse réelle, mais trop limitée pour absorber l’explosion des charges, notamment dans un environnement où les droits audiovisuels ne jouent plus leur rôle d’amortisseur financier.
Une logique d’investisseur, pas de vendeur
Au 30 juin 2025, l’endettement total du club atteint 52,35 millions d’euros, en hausse de 15 millions sur un an, mais à relativiser : près de la moitié correspond à des créances à recevoir. Surtout, la réponse apportée par la nouvelle gouvernance tranche radicalement avec le passé. Pour compenser les pertes et renforcer la trésorerie, l’ASSE a procédé à une augmentation de capital massive de 38,6 millions d’euros.
Au total, près de 65 millions d’euros ont été réinjectés en fonds propres depuis l’arrivée de Kilmer Sports. Là où l’ancienne direction équilibrerait les comptes en vendant des actifs, la nouvelle stratégie repose sur l’apport de capitaux et la création de valeur à moyen terme. Recrutement, internalisation du commercial, investissements structurels : l’ASSE ne se contente plus de survivre, elle tente de se reconstruire.
Un pari risqué, mais structurant pour l'ASSE
Ces comptes dans le rouge ne traduisent donc pas une dérive incontrôlée, mais un pari assumé. Celui de rompre avec une logique de court terme pour redonner de la substance économique et sportive au club. Reste désormais à transformer cet investissement massif en résultats durables, sur le terrain comme dans les comptes. C’est là que se jouera, au-delà des chiffres, la réussite ou non du projet Kilmer à Saint-Étienne.