Avec l’arrivée de Philippe Montanier sur son banc, l’AS Saint-Étienne s’est offert un nouveau point d’appui pour tenter de remettre sa saison sur de bons rails. À l’aube de la réception de Montpellier, ce samedi soir à Geoffroy-Guichard, les Verts abordent une période déterminante.

Cinquième de Ligue 2, l’ASSE reste solidement installée dans la première moitié du classement, mais la dynamique récente inquiète. Une seule victoire sur les six dernières rencontres a suffi à installer le doute, dans un championnat où la moindre série négative peut coûter très cher. Le revers concédé face à Boulogne-sur-Mer, dans un Chaudron déjà tendu, a précipité la fin de l’ère Horneland et ouvert la voie à un changement de cap assumé par les dirigeants stéphanois.

Ce choix s’est porté sur Philippe Montanier, un technicien rompu aux exigences de la division. Son discours inaugural n’a laissé que peu de place à l’ambiguïté. L’objectif est identifié, partagé, assumé. Mais derrière les mots, la réalité du terrain s’impose. Saint-Étienne accuse plusieurs longueurs de retard sur les équipes de tête, avec un écart de points qui oblige à une réaction rapide, sans quoi la montée directe deviendrait hors de portée.

Montanier : un technicien façonné par la Ligue 2

L’un des atouts majeurs de Montanier réside dans sa connaissance intime du championnat. Avant même de s’installer durablement sur un banc, il a fréquenté la Ligue 2 comme joueur, dans des contextes variés, entre clubs historiques et formations plus modestes. Cette familiarité s’est prolongée dans sa carrière d’entraîneur, avec plusieurs passages marquants, notamment à Boulogne-sur-Mer, au RC Lens et surtout au Toulouse FC.

C’est d’ailleurs à Toulouse que son travail a atteint une forme de maturité, avec une saison pleine conclue par un titre et une accession directe. Un souvenir encore frais qui nourrit l’idée que Montanier sait construire une dynamique durable dans un championnat exigeant, souvent ingrat, où la régularité prime sur l’éclat.

Des chiffres qui dessinent un profil

Sur le plan strictement chiffré, le profil de Philippe Montanier s’inscrit dans le haut du panier de la Ligue 2 sur la durée. En 178 matches dirigés dans la division, ses équipes ont remporté 86 rencontres, soit près d’une victoire sur deux. Ce ratio de 48 % le place au-dessus de références installées du championnat comme Jean-Marc Furlan, Olivier Dall’Oglio ou Pablo Correa, tous situés entre 42 et 46 % comme le rappelle le site officiel de la Ligue 2.

Dans le détail, son parcours montre une montée en puissance progressive. À Boulogne-sur-Mer, Montanier affichait un taux de succès de 42 %, avec un équilibre fragile, marqué par 32 victoires pour 31 défaites en 76 matches. À Lens, le rendement s’est amélioré, avec 48 % de victoires, une défense nettement plus solide et seulement 52 buts encaissés en 64 rencontres. Le point culminant reste Toulouse, où il a dirigé 38 matches de Ligue 2 avec 23 victoires, soit 61 % de succès, une moyenne de plus de deux buts marqués par match et seulement cinq défaites sur toute la saison.

Ces chiffres dessinent une constante : plus le projet est structuré et l’effectif armé pour jouer les premiers rôles, plus les équipes de Montanier gagnent en efficacité, notamment dans la capacité à enchaîner les résultats positifs et à limiter les séries négatives. Dans un championnat où la montée se joue souvent autour de 1,8 à 2 points par match, cette aptitude à stabiliser puis accélérer le rendement collectif constitue un indicateur lourd de sens pour l’ASSE.

Une dynamique possible, mais sous conditions

Les précédents historiques montrent également que la situation stéphanoise n’a rien d’exceptionnel. Plusieurs clubs ont réussi à monter après un changement d’entraîneur en cours de saison, parfois depuis une position plus délicate que celle occupée aujourd’hui par les Verts. L’ASSE elle-même l’a expérimenté récemment, en transformant une place de milieu de tableau en accession via une montée en puissance progressive en 2023/24.

Les chiffres rappellent toutefois une réalité moins romantique. Dans la majorité des cas, la promotion n’intervient que lorsque la dynamique s’inverse rapidement. Le classement actuel laisse une marge de manœuvre réduite. L’ASSE reste dans le bon wagon, mais sans accélération franche, l’écart avec les deux premières places pourrait devenir insurmontable. C’est là que l’expérience de Montanier entre en jeu : ses équipes ont souvent su limiter les séries négatives et stabiliser le rendement, notamment défensif, avant de construire des séquences plus positives.

Face à Montpellier, l’enjeu dépasse donc le simple résultat. Il s’agit de vérifier si les tendances statistiques associées à Montanier peuvent commencer à se traduire sur le terrain. À défaut de certitudes, les chiffres offrent au moins un cadre : celui d’un entraîneur dont l’historique suggère qu’il sait, dans ce championnat précis, transformer une position encore imparfaite en trajectoire crédible.