C'est l'une des figures les plus mémorables et les plus truculentes du football français. Aujourd'hui célèbre pour ses envolées lyriques au micro de BeIN Sports, Omar Da Fonseca a également occupé les fonctions de directeur du recrutement à l'AS Saint-Étienne entre 2005 et 2008.

À l'heure où la data, les algorithmes et les statistiques avancées règnent en maîtres sur le mercato moderne, Omar Da Fonseca oppose une vision radicalement différente. Celle-ci est basée sur l'instinct, le palais et l'œil humain. Interrogé par L'Équipe en marge de la finale de la Coupe du monde, l'ancien recruteur des Verts s'est fendu d'une charge mémorable contre la dictature des chiffres.

Da Fonseca : « Les chiffres, c'est pour la comptabilité »

Quand on lui demande s'il utilise les statistiques, la réponse de Da Fonseca fuse, sans concession :

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« Aucune. La dernière fois, j'ai entendu qu'un joueur avait remporté 14,3 duels. Ça veut dire quoi la virgule ? Qu'il avait deux doigts de pied coupés ? (sourire) Quand j'étais responsable du recrutement à Saint-Étienne (2005-2008), un jour on m'a dit : "T'as vu, Vincent Hognon a remporté 9 duels sur 10 !". J'ai répondu : "Super, on a pris un but de la tête et il était au marquage. J'aurais préféré qu'il ne gagne qu'un duel sur dix et que ce soit celui-ci !". Je veux entendre des histoires qui m'interpellent. Les chiffres, c'est pour la comptabilité. À la télé argentine ou mexicaine, jamais un commentateur ne vous donnera une statistique dans un match. »

De la solitude de l'Étrat aux piles de cassettes vidéo

Cette allergie aux données chiffrées vient aussi d'une autre époque. Celle où le recrutement stéphanois se construisait de manière beaucoup plus artisanale. Débarqué dans le Forez, Da Fonseca se rappelle ses débuts loin des standards actuels : « Au début j’ai vécu dans une chambre à l’Etrat. J’ai passé deux noëls avec le gardien et la gardienne, deux 24 décembre. »

C'est depuis cette chambre que Da Fonseca gérait le marché des Verts, à l'ancienne :

« On faisait les mercatos. A l’époque c’était l’histoire des cassettes, j’en recevais des piles, j’avais 2 ou 3 télévisions et je regardais tous les joueurs. J’en recevais plein, on m’appelait, ça ne s’arrêtait pas. »

C'est via ce flair et ses réseaux sud-américains qu'il fera venir Fredy Guarín ou encore le géant Daniel Bilos (1m98): « Il était grand mais même ses pieds ils étaient trop grands, le ballon ils l’aimaient pas. Comme quoi… »

Le fiasco industriel Javier Pastore : vendu 1 euro symbolique !

Mais l'anecdote la plus folle de son passage à l'ASSE reste sans conteste le destin de Javier Pastore. Repéré et acheté par Saint-Étienne au club argentin de Talleres, le futur attaquant du PSG a été chassé du Forez par la petite porte... à cause des fameux critères physiques et financiers.

« Au bout de 3 mois, Pastore on dit "on n’en veut plus". Parce que Pastore il a été jugé par l’aspect physique. [...] À l’époque le directeur financier me dit "Omar il faut qu’on dégage Pastore". Moi je lui dis : "Mais comment, c’est un joueur, un maître du foot". Il me dit non je sais pas quoi. Je lui propose de le prêter il me dit "non les amortissements patati patata, on va le vendre 1 euro symbolique". »

La suite appartient à l'histoire... comme le raconte Da Fonseca « Ça n’existe pas, dans n’importe quel secteur », enrage encore l'argentin. Une terrible erreur d'évaluation qui donne, des années plus tard, pleinement raison à sa vision humaine du football.