Le mercato estival de la Ligue 2 bat son plein, et un constat s’impose à la lecture des chiffres. L'AS Saint-Étienne n'évolue plus du tout dans la même dimension que ses concurrents. Depuis la prise de contrôle par Kilmer Sports en juin 2024, les Verts ont opéré un virage stratégique radical. Celui-ci est incarné par le recrutement basé sur la data et l'exploration des championnats étrangers.
Mais l'ASSE est-elle une exception ou le reflet d'une tendance de fond en Ligue 2 ? Analyse des forces en présence et des dynamiques qui secouent notre football.
La Data et l'Étranger : L'ASSE vit sur une autre planète
Si l'on regarde de près le tableau des mouvements de ce mercato d'été, une anomalie saute aux yeux. Saint-Étienne est presque le seul club de Ligue 2 à dépenser massivement de l'argent pour recruter.
Avec 7,20 millions d'euros investis selon Transfermarkt (sur un total de 16,32 millions d'euros dépensés par l'ensemble de la Ligue 2, soit près de 45% à elle seule), l'ASSE écrase le marché, en compagnie du Stade de Reims (8,68 M€). Une tendance qui se confirme d'année en année. Lors du dernier exercice, l'AS Saint-Etienne avait dépensé 27,9 millions d'euros. Le total de la Ligue 2 était de 35, 710 millions d'euros. Un gouffre d'écart, qui n'a cependant pas permis aux Verts de monter en Ligue 1...
Des stratégies différentes adoptées en période de mercato
Alors que le club a officialisé les venues de profils très ciblés comme Jakob Breum (Go Ahead Eagles, Pays-Bas), Mamour Ndiaye (Sarpsborg 08, Norvège), Thierno Ballo (Wolfsberger AC, Autriche), on remarque que la majorité des clubs de Ligue 2 adoptent une stratégie différente.
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Le contre-exemple nantais et messin : Le FC Nantes ou le FC Metz affichent des dépenses à 0 € en recrutant uniquement des joueurs libres d'expérience (Dupé, Perrin, Ruiz...). Les deux clubs relégués semblent opter donc pour une toute autre approche. Des profils qui connaissent parfaitement le championnat. Un peu à l'image de l'ASSE en 2022/2023. En plus de Laurent Batlles comme coach, on pouvait retrouver des joueurs comme Anthony Briançon, Jimmy Giraudon...
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Le modèle de la "Data" version Kilmer : Là où la Ligue 2 traditionnelle cherche la sécurité avec des profils "connus", l'ASSE utilise les algorithmes de scouting pour dénicher des joueurs dans des championnats intermédiaires européens (Eredivisie, Allsvenskan, Bundesliga autrichienne). L'âge moyen des recrues stéphanoises (22,5 ans) prouve cette volonté de valorisation à moyen terme. Pour le moment l'AS Saint-Etienne a fait venir un seul joueur issue du championnat Français. Il s'agit du défenseur algérien Soahib Naïr arrivant de Guingamp.
- Des clubs qui vont chercher quelques profils à l'étranger : Ce n'est clairement pas la tendance principale. Mais, il n'y pas qu'à l'ASSE qui va chercher des joueurs hors de la France. Metz (1 joueur), Le Red Star (1), Annecy (1), Boulogne (1), Laval (1), Sochaux (1), Pau (2), Grenoble (4) Dunkerque (5), l'ont aussi fait. Beaucoup de clubs finalement, mais la plupart du temps il s'agit de joueurs qui arrivent libre de tout contrat. Seul Reims, le club le plus dépensier depuis le début de mercato avec 8,68 millions d'euros payent des indemnités de transfert. Le club a enregristré l'arrivée de 4 joueurs venant de l'étranger, dont deu gardiens de but.
Pourquoi la Ligue 2 est-elle si frileuse ? Les explications économiques
Pour comprendre pourquoi l'ASSE est la seule à regarder massivement à l'étranger avec un chéquier ouvert, il faut analyser le contexte global du football français en ce mois de juillet 2026 :
1. La crise profonde des droits TV en France
Le football français paie encore les pots cassés des négociations catastrophiques et tardives des droits TV. La baisse drastique des revenus audiovisuels par rapport aux cycles précédents a étranglé les budgets des clubs de Ligue 2. N'ayant aucune visibilité financière, la quasi-totalité des clubs se tournent encore vers les transferts libres. Mais aussi "le recyclage de joueurs locaux". L'ASSE, adossée à la puissance financière de Kilmer Sports, est l'une des rares à ne pas dépendre de cette manne pour vivre. Le club peut donc se permettre d'adopter une toute autre stratégie.
2. La rentabilité des marchés étrangers lors des mercatos
En allant chercher des joueurs en Europe du Nord ou en Autriche, l'ASSE profite de championnats très denses statistiquement. Mais où les indemnités de transfert restent abordables (le transfert prochain de Csongvai sous le million d'euros, évoqué par Le Progrès en est le parfait exemple).
3. La Ligue 2 devenue une ligue de trading
Le bilan total du championnat est édifiant. la Ligue 2 a généré 78,9 millions d'euros de revenus pour seulement 16,3 millions de dépenses, depuis le début du mercato. Le championnat s'est transformé en exportateur massif. Reims, en est bien sûr grandement responsable (Patrick Zabi pour 25M€ et Ewen Jaouen pour 21,5M€). Encore une fois, la tendance de la saison dernière se confirme en Ligue 2. Les revenus étaient estimés à plus de 167 millions d'euros. Presque cinq fois plus que les dépensees... Dans cette ligue de vendeurs à l'agonie financière, l'ASSE est le seul prédateur acheteur.
Conclusion : Une tendance générale ou une spécificité stéphanoise lors de ce mercato ?
Recruter à l'étranger et dépenser, c'est une spécificité stéphanoise et rémoise à l'échelle de la Ligue 2. Mais une tendance générale à l'échelle du football européen.
Des clubs comme Brighton ont prouvé en Angleterre que la data et le scouting international permettaient de surperformer. En important ce modèle dans le Forez, Kilmer Sports applique des méthodes modernes de Premier League dans une Ligue 2 française restée très conservatrice par obligation financière. Si le pari de l'acclimatation est réussi pour ces joueurs venus d'ailleurs, l'ASSE aura un coup d'avance monumental sur le plan sportif.
Mais, attention tout de même. La Data peut aussi montrer ses limites. C'est d'ailleurs ce qu'avait récemment exprimé Olivier Dall'Oglio. "La data aujourd'hui fait partie du foot professionnel, c'est quelque chose de très bien. On arrive à avoir plein de renseignements sur un joueur, sur l'équipe. Mais c'est l'excès de data qui n'est pas bon. On ne mise que là-dessus. Si on ne prend pas en compte l'aspect humain, on fait une erreur. On prend des risques."
