Invité d'un long entretien consacré à la saison de l'AS Saint-Étienne sur la chaîne "Dessous de Verts", Patrick Guillou a livré une analyse particulièrement sévère de l'échec stéphanois. L'ancien défenseur des Verts ne se contente pas de pointer les erreurs sportives. Il s'interroge sur la direction prise par le club depuis l'arrivée de Kilmer Sports et estime que l'ASSE a perdu de vue l'essentiel : la performance sur le terrain.
Depuis plusieurs mois, Patrick Guillou n'a cessé d'alerter sur les limites de l'effectif stéphanois. Après l'élimination en barrage face à Nice et le maintien en Ligue 2, l'ancien Vert estime que les signaux d'alerte étaient visibles depuis longtemps. Pour lui, le problème principal tient dans l'état d'esprit qui a accompagné le projet de remontée.
"Depuis le premier jour, on nous annonce que c'est quasi une formalité et que ça va être un parcours de santé que de remonter en première division." Un constat qu'il résume en un mot : la suffisance. Selon lui, l'ASSE disposait pourtant de conditions idéales pour retrouver l'élite. "C'était une saison en or pour monter directement. T'as le plus gros budget. Tu joues tous les samedis soirs. T'as 34 matchs. Et t'arrives pas à monter avec le plus gros des effectifs ?" Pour Patrick Guillou, cette incapacité à atteindre l'objectif ne peut pas être réduite à quelques blessures ou à un mauvais barrage disputé contre Nice. Le mal est plus profond.
Guillou : "La locomotive, ce n'est plus le sportif"
L'ancien Stéphanois reproche aux dirigeants d'avoir progressivement déplacé le centre de gravité du projet. "La locomotive, ce n'est plus le sportif. La locomotive, c'est le business."
Patrick Guillou ne remet pas en cause le développement économique du club. Il considère toutefois que les priorités se sont inversées. "On se réjouit d'avoir jamais eu autant d'affluence. On se réjouit qu'on n'a jamais vendu autant de maillots. On se réjouit que la bière sans alcool est à 7 euros et qu'on dépasse tous les chiffres. On fait du storytelling. Mais ce n'est pas ça la locomotive."
Avant d'ajouter une formule qui résume son analyse : "La locomotive, c'est le rectangle vert." Selon lui, les performances commerciales et l'image du club ne peuvent masquer un constat simple : l'ASSE n'a pas rempli sa mission sportive.
Kilmer Sports dans le viseur
Patrick Guillou vise également la stratégie globale mise en place depuis la reprise du club. Il pointe notamment les nombreuses annonces qui ont accompagné les contre-performances sportives. "À chaque fois qu'il y a une contre-performance, on t'annonce une nouvelle réjouissante."
L'ancien défenseur évoque les recrutements de nouveaux responsables, les annonces autour des structures du club ou encore les évolutions organisationnelles. "On te fait venir le préparateur physique de Chelsea, le recruteur d'un grand club. À chaque fois, tout est super bien ficelé." Mais pour lui, le problème demeure le même. "Les gens ne regardent plus le rectangle vert."
Cette critique vise directement la philosophie portée par les dirigeants actuels. Patrick Guillou reconnaît les compétences des responsables de Kilmer Sports mais estime qu'ils n'ont pas encore pleinement compris ce qu'est l'AS Saint-Étienne. "À Saint-Étienne, c'est un sport d'émotion. C'est un sport de passion."
Un recrutement et une méthode remis en question pour Guillou
Autre sujet sensible : la politique sportive menée depuis deux ans. Patrick Guillou remet ouvertement en cause la place accordée à la data dans le recrutement. Selon lui, les statistiques ne permettent pas de mesurer certains aspects fondamentaux du football moderne. "La data a énormément de limites."
L'ancien Vert regrette surtout l'absence de profils connaissant parfaitement les réalités de la Ligue 2. "Les équipes qui étaient dans le top 5 avec Saint-Étienne étaient supérieures dans tous les domaines à Saint-Étienne dans la progression individuelle et collective." Une critique qui rejoint celle formulée par de nombreux observateurs au cours de la saison.
La bombe Le Cardinal
Patrick Guillou s'est également arrêté sur une déclaration passée relativement inaperçue après la défaite contre Nice, qui a largement été commentée dans le dernier Sainté Night Cllub. Julien Le Cardinal avait alors évoqué un manque de professionnalisme dans le groupe.
Pour Guillou, cette sortie est loin d'être anodine. "Quand Julien Le Cardinal parle d'un manque de professionnalisme, ça en dit long sur ce qui se passe dans le vestiaire." L'ancien défenseur insiste même sur la portée de ces propos. "C'est quelqu'un qui a analysé en quelques mois qu'il y avait un vrai manque de professionnalisme à l'AS Saint-Étienne." À ses yeux, cette phrase venue de l'intérieur du vestiaire possède davantage de poids que toutes les critiques formulées depuis l'extérieur durant la saison.
"Le meilleur joueur, c'est Le Cardinal"
Au moment d'évoquer les rares satisfactions de l'exercice, Patrick Guillou ne cite ni Lucas Stassin ni Zuriko Davitashvili. Pour lui, le joueur qui a le plus marqué la deuxième partie de saison est Julien Le Cardinal. "Il a rendu ses partenaires meilleurs." L'ancien Stéphanois souligne son leadership, son impact sur l'organisation défensive et sa personnalité.
Autre satisfaction : Kevin Pedro. "Sur les derniers matchs, ce n'est pas normal que le meilleur joueur de ton équipe soit Pedro." Une remarque qui vaut autant compliment pour le jeune formé au club que critique pour les cadres censés porter l'équipe.
Pour lui, l'ASSE dispose toujours d'atouts considérables : un public fidèle, des infrastructures solides et une puissance économique supérieure à celle de la majorité des clubs de Ligue 2. Mais il estime que le club doit impérativement remettre le football au centre de son projet. "On fait du storytelling. Mais ce n'est pas ça la locomotive. La locomotive, c'est le rectangle vert."
