L’arbitrage français traverse une zone de fortes turbulences. En Ligue 1 comme en Ligue 2, les polémiques se multiplient et l’AS Saint-Étienne n’échappe pas aux débats. Chaque week-end, ou presque, une décision fait réagir. Supporters, entraîneurs et dirigeants peinent à comprendre certaines situations, malgré l’assistance vidéo. Dans ce climat de défiance, le président du LOSC, Olivier Létang, avance une idée forte... Tester l’intelligence artificielle pour améliorer les décisions arbitrales.

Depuis plusieurs saisons, l’arbitrage cristallise les tensions. La VAR, initialement conçue pour apporter plus de clarté et réduire l’erreur humaine, divise aujourd’hui profondément. Si elle permet de corriger certaines fautes manifestes, elle est aussi accusée de ralentir le jeu et de nuire à la spontanéité des émotions. La célébration d’un but, par exemple, est désormais souvent suspendue à une vérification vidéo, modifiant le rapport émotionnel au jeu. À tel point que l’outil, censé apaiser les débats, semble parfois les raviver.

Une défiance généralisée envers l’arbitrage français

Dans ce contexte tendu, la prise de parole d’Olivier Létang n’est pas passée inaperçue. Le président du Lille OSC évoque une véritable rupture de confiance avec l’arbitrage français. Un constat partagé par de nombreux acteurs du football professionnel, mais qui révèle aussi une forme de contradiction structurelle.

En Ligue 1, les dirigeants dénoncent régulièrement l’utilisation jugée approximative de la VAR. En Ligue 2, où l’assistance vidéo n’est pas en place, les critiques portent avant tout sur les erreurs d’arbitrage classiques. Deux réalités différentes, mais un même sentiment d’injustice et d’incompréhension.

Lors d’une réunion datée du 4 décembre, Olivier Létang a ainsi parlé de décisions devenues « incompréhensibles », évoquant des erreurs répétées sur les terrains français. Selon lui, ces décisions ont un impact direct sur la compétition et sur le classement final. Dans un championnat aussi serré que la Ligue 1, chaque point compte, et chaque erreur peut peser lourd au terme d’une saison.

L’IA comme outil d’aide à la décision

Face à ce constat, Olivier Létang ne plaide pas pour un arbitrage automatisé. Il propose une approche plus nuancée.

”utiliser l’intelligence artificielle comme un outil d’aide à la décision, complémentaire à l’arbitre central. Une logique déjà éprouvée dans d’autres sports de haut niveau.”

Le tennis en est un exemple marquant. À l’US Open, les juges de ligne humains ont été remplacés par la technologie Electronic Line Calling (ELC), capable de déterminer avec précision si une balle est faute ou non. Une évolution qui a permis de réduire considérablement la contestation et l’erreur humaine, sans altérer l’essence du jeu.

Dans le football, l’IA est déjà en mesure d’analyser des situations complexes en temps réel :
- multiplication des angles de vue
- lecture automatisée des positions
- croisement instantané avec des milliers de situations similaires
- analyse multi-caméras.

Appliquée à l’arbitrage, elle pourrait offrir un second regard, destiné à renforcer la cohérence des décisions, sans remettre en cause l’interprétation humaine.

Olivier Létang aurait interrogé Anthony Gautier, directeur de l’arbitrage à la Fédération Française de Football, sur cette piste. À ce stade, aucune réponse concrète n’a été apportée.

Un débat aussi économique que sportif

La question financière pèse également dans le débat. Le coût du VAR, estimé à environ 25 millions d’euros par saison, interroge sur son rendement réel. Dans un contexte économique fragile pour le football français, l’extension de la VAR à la Ligue 2 apparaît encore loin d’être actée.

Pour l’AS Saint-Étienne, cette réflexion dépendra aussi de la situation sportive en fin de saison. Reste que le débat sur une meilleure fiabilité arbitrale, perçue comme un levier essentiel d’équité sportive, est loin d’être clos. L’intelligence artificielle est déjà utilisée pour optimiser la performance, la prise de décision et la réduction de l’erreur humaine dans le sport professionnel. Le football français peut-il rester à l’écart plus longtemps ?

Source : L’Équipe ; Janus Henderson Investor