Depuis son officialisation à la tête de l'AS Saint-Étienne, Ian Cathro intrigue. Son parcours est atypique, son nom était encore largement inconnu du grand public français il y a quelques jours et son arrivée suscite autant de curiosité que d'interrogations. Pourtant, en se plongeant dans l'un de ses derniers longs entretiens accordés au média A Bola, un portrait assez précis du nouvel entraîneur des Verts se dessine.

Au fil de ses réponses, l'Écossais laisse apparaître un technicien obsédé par la progression, peu sensible aux discours convenus et animé par une exigence permanente. Même lorsque son équipe traversait une période favorable à Estoril, il refusait de savourer. "Nous voulons nous améliorer" répète-t-il à plusieurs reprises avant de lâcher : "J'ai beaucoup de difficulté à être satisfait." Puis d'ajouter avec franchise : "N'importe quelle autre réponse serait un mensonge. Peut-être un mensonge cool, mais un mensonge quand même."

Cette recherche constante de progression s'accompagne d'une autre idée forte : les résultats doivent toujours primer sur les louanges. Lorsque son équipe était félicitée pour son contenu de jeu face à des adversaires plus armés, Cathro coupait court à toute forme d'autosatisfaction. "Nous ne voulons pas des compliments. Nous ne voulons pas valoriser notre jeu. Nous voulons gagner."

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Une philosophie qui tranche avec la culture de la Ligue 2

Ce qui frappe également dans son discours, c'est son rejet des logiques de survie. Là où de nombreux coachs construisent leur discours autour de la prudence et de la gestion des risques (et l'ASSE en a connu !), Cathro assume une vision beaucoup plus ambitieuse.

"Je ne veux pas vivre dans ce mode qui consiste à jouer le maintien puis voir ce qu'il se passe ensuite." Le nouvel entraîneur des Verts explique même qu'il ne raisonne jamais à l'échelle d'une saison. "Mon idée n'est pas de faire six mois" explique-t-il. "Ce que je veux réussir, c'est construire de la stabilité."

Un mot revient d'ailleurs constamment dans son intervention : stabilité. Dans un club qui s'apprête à connaître son quatrième entraîneur en moins de deux ans après Olivier Dall'Oglio, Eirik Horneland et Philippe Montanier, le sujet n'est pas anodin. Kilmer Sports cherche justement à bâtir un projet durable et semble avoir trouvé chez Cathro un technicien qui partage cette vision.

Un message qui pourrait influencer le mercato

L'entretien offre aussi quelques indices sur ce que pourrait être l'effectif stéphanois de demain. Si Cathro possède une réputation de développeur de jeunes talents, il refuse d'en faire une fin en soi.

"Nous devons avoir plus d'expérience. Plus d'adultes. Plus d'hommes. Plus de joueurs faits." Selon lui, la progression des jeunes passe aussi par leur environnement quotidien. "Cette aide vient souvent d'un collègue à côté qui a déjà vu ce film plusieurs fois."

Dans un effectif où plusieurs cadres pourraient partir cet été, notamment Lucas Stassin ou Zuriko Davitashvili, cette approche pourrait peser dans les choix du recrutement. L'Écossais semble vouloir un équilibre entre développement et expérience, entre potentiel et vécu. De quoi orienter le travail de Huss Fahmy qui s'est employé depuis son arrivée, avec plus ou moins de succès, à dénicher des jeunes joueurs en devenir.

Ian Cathro : "Je n'ai peur de rien"

Autre passage, celui où Ian Cathro évoque son parcours. Passé par Valence, Newcastle, Wolverhampton, Tottenham ou encore l'Arabie saoudite, le nouveau coach de l'ASSE estime que ces expériences l'ont préparé à affronter n'importe quel contexte.

"Je me sens préparé pour tout." Puis cette phrase qui en dit long sur son état d'esprit : "Je n'ai peur de rien."

Enfin, interrogé sur ses ambitions personnelles, Cathro surprend : "Je n'ai plus de rêves. Je n'ai plus d'ambition." Avant de préciser sa pensée : "La seule chose que je contrôle, c'est que demain il y a entraînement. Je vais préparer cet entraînement le mieux possible."

Voilà qui en dit long sur le nouvel homme fort des Verts. Derrière les discours sur les projets, les identités de jeu ou les objectifs à long terme, Ian Cathro semble avant tout croire à une chose : le travail quotidien. 50 ans après, ces principes rappellent ceux d'illustres entraîneurs de l'ASSE comme Snella ou Herbin. Pour ce hisser à ce niveau, il faudra toutefois que Cathro fasse ses preuves, à commencer par ramener les Verts en ligue 1 !