Comme il y a un an, les ultras de l'ASSE sont sous le coup d'une procédure de dissolution lancée par le ministère de l'Intérieur. Les représentants des Magic Fans et Green Angels sont invités à se défendre le 13 avril. Dans un article publié ce vendredi, Mediapart s'est intéressé à ce qui est reproché aux groupes stéphanois. Décryptage.

C'est un sujet de retour dans l'actualité stéphanoise dont l'ASSE se serait bien passée. Après plusieurs rumeurs apparues ces derniers jours, la sentence est tombée fin mars - début avril. Dans un contexte politique tendue depuis la mort à Lyon du militant nationaliste Quentin Deranque, le gouvernement s'est relancée dans sa volonté de dissoudre des groupes violents, quels qu'ils soient. Déjà dans le viseur du ministère de l'Intérieur l'an dernier, les groupes d'ultras stéphanois sont de nouveau sous la menace d'une dissolution.

En 2025, une dissolution évitée après une mobilisation exceptionnelle

Une situation qui rappelle celle vécue, déjà, par le club du Forez en mars 2025. Alors que Bruno Retailleau avait fait de l'anéantissement des 35 ans d'histoire des Magic Fans et des Green Angels son cheval de bataille, un formidable élan populaire était venu au soutien des groupes de supporters historiques de l'ASSE. Avec en point d'orgue cette mobilisation historique du 29 mars 2025. Jour d'une anecdotique défaite face au PSG (1-6), le samedi avait été marqué par le défilé dans les rues de la ville de milliers d'amoureux des Verts postés derrière les dirigeants stéphanois. Avec un message clair : "Le Chaudron ne se dissout pas !"

La solidarité d'une région et plus encore, ainsi que les éléments apportés par les groupes et le club avaient permis aux MF91 et aux GA92 d'éviter l'éradication. Problème, un peu plus d'un an après, les ultras de l'ASSE sont à nouveau dans le viseur du gouvernement. Une situation incompréhensible pour les principaux intéressés, qui ont publié un communiqué commun jeudi afin de préparer leur défense. Le tout en vue d'une audience devant la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives, le 13 avril. Cette dernière rendra ensuite un avis purement consultatif au ministère de l'Intérieur en vue d'une éventuelle dissolution administrative.

Mediapart dresse les faits reprochés aux ultras de l'ASSE

Comme un saut dans le passé, donc, malgré deux groupes qui assurent avoir respecté leurs engagements pris au printemps dernier. Dans un article publié vendredi 3 avril, Mediapart apporte quelques précisions sur ce qui est reproché aux ultras stéphanois. Si l'Intérieur n'a pas répondu aux sollicitations du média, ces derniers expliquent que le document adressé aux MF91 et GA92 évoque plusieurs faits de violence ayant impliqué les deux groupes cette saison.

Fasn of AS Saint-Etienne during the Ligue 2 BKT match between Saint-Étienne and Annecy at Stade Geoffroy-Guichard on March 21, 2026 in Saint-Etienne, France. (Photo by Philippe Lecoeur/FEP/Icon Sport) - Photo by Icon Sport

L'accusation s'intéresse notamment aux faits du 8 novembre à Troyes, où "100 à 150 ultras de deux groupes de supporters stéphanois se sont battus pendant quarante minutes, sans que la sécurité privée du club de Saint-Étienne ait été en capacité d’intervenir au vu de la violence lors de cet affrontement" d'après l'arrêté préfectoral publié à l'issue du match. Ce dernier ajoutant que "les leaders de ces groupes ont également tenté, en vain, de mettre fin à ces affrontements et se sont révélés impuissants face à la situation."

Les incidents à Grenoble, la goutte de trop pour la dissolution ?

Dans le document adressé aux supporters des Verts, l'Intérieur dénonce également les incidents entre membres des Green Angels et forces de l'ordre lors du déplacement à Dunkerque. Un match après lequel les ultras avaient dénoncé des violences policières ayant entraîné plusieurs blessés au sein de leurs rangs. Enfin, Laurent Nuñez et Beauveau s'attaqueraient surtout aux évènements survenus en marge du match à Grenoble, il y a trois semaines.

Alors que les cars stéphanois se rendaient au Stade des Alpes, les supporters des Verts s'étaient retrouvés au contact des ultras grenoblois dans une situation provoquée, vraisemblablement, par une erreur d'itinéraire de l'escorte policière. Un imbroglio vécu de l'intérieur par Pierre-Jean Rochette, sénateur de la Loire et conducteur d'un des bus des Green Angels ce samedi-là. Le politique s'était notamment étonné de la présence du convoi à proximité des ultras du GF38, laissant lieu à d'inévitables incidents.

L'ASSE prend la défense de ses supporters

Voilà donc, d'après Mediapart, les trois principales motivations du ministère de l'Intérieur dans la relance de cette procédure de dissolution visant les groupes d'ultras de l'ASSE. Comme il y a un an, le club a réitéré au média son soutien à ses supporters, pointant notamment l'engagement solidaire des MF91 et GA92 : "L’ASSE condamne toute forme de violences. Mais sans tomber dans l’angélisme, nos supporters sont investis dans de nombreux projets sociaux, notamment des récoltes pour la lutte contre le cancer, ou bien de jouets et de médicaments pour les plus démunis. L’activité violente ne fait pas partie de leur raison d’être."

Illustration during the Ligue 2 BKT match between Saint-Etienne and Laval at Stade Geoffroy-Guichard on February 21, 2026 in Saint-Etienne, France. (Photo by Alex Martin/FEP/Icon Sport) - Photo by Icon Sport

Un point de vue partagé par Régis Juanico, le nouveau maire de Saint-Étienne, qui avec l'ensemble des parlementaires de la Loire, a interpellé Laurent Nuñez. Les politiques stéphanois s'appuyant notamment sur l'exemple négatif de la dissolution en 2008 des Boulogne Boys à Paris, qui avait entraîné un redoublement de violence avec "le champ libre offert aux hooligans et groupuscules néonazis."

Des politiques stéphanois qui se posent de sérieuses questions sur la procédure, les ultras pas écoutés

Enfin, Mediapart donne la parole à Pierrick Courbon, nommé conseiller spécial du maire sur le sujet de ces dissolutions. Le député socialiste ne cache pas son étonnement : "On peut pas nous demander de nous engager, ce qui a été fait, et de l’autre côté menacer de dissoudre nos associations de supporters." Un état des lieux général d'une procédure qui étonne dans le Forez.

D'autant plus après les dernières déclarations des Magic Fans et Green Angels dans leur communiqué commun. Car les deux groupes l'affirment, leurs "tentatives de dialogue avec les services de l’État, tant au niveau local que national, (ont) trouvé porte close malgré des demandes répétées." Une situation tendue, encore, qui risque de déboucher sur une décision historique pour le football stéphanois. En espérant, comme en 2025, des MF91 et GA92 sauvés !