Licencié en février après des propos tenus dans un couloir de Décines, Sébastien Joseph brise le silence. L'ancien coach des Amazones de l'ASSE livre sa version des faits dans une interview à Poteaux-Carrés. Mise au point avant de s'envoler pour le Maroc comme sélectionneur des U20.
ASSE : "Mes propos ont été relayés comme si je m'en étais pris directement à l'arbitre"
Sébastien Joseph n'a jamais agressé verbalement un arbitre. Il le répète dans cette interview. Ce soir de défaite à Décines contre l'OL (0-4), après un penalty accordé en fin de match sur une main ultra-sévère selon lui, il rejoint le tunnel. Pas d'arbitre, pas de joueuses. Juste son président Jean-Marc Barsotti, lui aussi agacé.
"C'est là, quand je le croise, que j'ai des mots à l'encontre de l'arbitre. Mais je m'adresse à mon président." Le délégué du match se trouve à proximité et entend la conversation. Joseph le reconnaît immédiatement : "Pardon, monsieur le délégué, je suis désolé pour les propos, c'est grossier mais je m'adresse à mon président." Le rapport est rédigé. Et selon Joseph, ce rapport confidentiel se retrouve très vite dans les médias, transmis par le club lui-même. "Dix minutes après avoir reçu mon courrier de mise à pied, je reçois un appel de L'Équipe qui a le rapport du délégué. J'ai trouvé ça très moyen de la part de la direction."
OL - ASSE : Le pénalty qui a tout déclenché
Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la réaction d'une quatrième arbitre dans le couloir d'après-match. Joseph lui signale que le penalty lui semble sévère. La réponse le laisse sans voix : "Monsieur Joseph, ne commencez pas. Ce n'est pas ce pénalty qui change l'issue du match." Une phrase qui cristallise sa colère. "Ça veut dire qu'à 3 ou 4-0, on peut accepter une erreur. Nous, on essaye pendant 90 minutes de ne pas en prendre une pleine valise contre Lyon parce qu'un but, ça peut changer une saison. Il y a quelques années, l'ASSE est descendue en D2 pour un but."
Un recrutement impossible, une section féminine sans directeur sportif
Avant d'en arriver là, Sébastien Joseph raconte une saison semée d'obstacles structurels. Son recrutement estival a été un parcours du combattant. La section féminine de l'ASSE dépend de l'association, pas de la SAS. Pas de directeur sportif, malgré une demande explicite de l'entraîneur aux dirigeants de Kilmer Sports.
"Sur le marché français, c'était très compliqué. Le club a très mauvaise réputation dans le monde du football féminin professionnel. Les joueuses qui sont passées par là, les incidents du passé, ont eu des échos négatifs." Les portes se ferment les unes après les autres. Océane Picard, Klaudia Jedlińska, Lena Goetsch : des cibles qui partent ailleurs. "Sur certains postes, on a reculé dans la liste jusqu'à des 9e, 10e choix."
ASSE : "30 situations dans un match pour en mettre une au fond"
Sur le terrain, le problème principal a été l'inefficacité offensive. Joseph l'assume sans détour. Face à Nantes en janvier : "On a 24 centres, 18 tirs, on frappe la barre. On se demande comment on peut avoir plus d'occasions sur un match. Il n'a fallu qu'une erreur défensive pour qu'on perde 1-0." Un match résume à lui seul l'absurdité de la saison.
"Le geste de marquer, on ne peut pas le faire pour elles. Et ça devient inconcevable de se dire qu'il nous faut 30 situations dans un match pour en mettre une au fond."
Le Maroc comme nouveau départ
Sébastien Joseph s'envole désormais pour le Maroc comme sélectionneur des U20. Une page se tourne. Sans amertume peut paraitre excessive, mais sa vérité est posée : il n'a pas agressé un arbitre, il a pesté dans un couloir devant son président. Et il a été licencié pour ça, dans des conditions qu'il juge pour le moins discutables.
L'histoire des Amazones de l'ASSE, elle, continue sans lui. En seconde division. Avec les mêmes questions structurelles en suspens.
