UN ARBRE D'ÉMOTIONS CACHANT UNE FORÊT D'ANGOISSES - ASSE
« Ce n’est pas parce qu’un cheval sort vivant de l’abattoir qu’il faut l’inscrire au Prix d’Amérique. » Proverbe stéphanois probablement inventé vendredi après minuit.
The Final Countdown de Micheline (de la compta) : ROAD TO LIGUE 1 = UN ALLER-RETOUR
« Salut les Gamins. J’ai relancé le logiciel après les tirs aux buts. Le serveur a planté deux fois, l’imprimante a craché du papier thermique et même la calculette a demandé une rupture conventionnelle. Comptablement, ça passe encore. Mais dans le grand livre, j’ai une qualification qui apparaît en vert fluo avec la mention : “origine inexpliquée”. Normalement, après 95 minutes comme ça, on classe le dossier dans les pertes et créances douteuses.
Il reste une écriture avant clôture définitive. Une seule, mais en deux fois. Alors évitez de me refaire un bilan aussi fragile, parce qu’à force de jouer avec les découverts émotionnels, la montée va probablement finir en incident bancaire. »
Salut les Groupies,
C’est le retour de votre cowboy JossRandall après ce playoff tendu contre le RAF du 15 mai dans le Chaudron.
Le football est un métier d’électricien.
Ça vous coupe le courant pendant 95 minutes, puis ça vous rallume le palpitant d’un coup sec, comme une vieille mobylette qu’on démarre à coups de latte. Ce vendredi soir, l’ASSE nous a trimballés dans tous les étages de l’ascenseur émotionnel. D’abord la cave humide des matchs indigents, puis le grenier des miracles avec une séance de tirs aux buts totalement frappadingue. Et au bout du tremblement, Geoffroy-Guichard qui explose, JELUIDIRAI_LES_MAUBLEU porté en héros local, des adultes qui pleurent dans les tribunes comme des gamins ayant retrouvé leur chien disparu.
Le foot est décidément un escroc magnifique.
L’ÉMOTION
Une fois n’étant pas costume, commençons par la fin, puisque c’est elle qui restera dans les mémoires et probablement dans quelques dossiers cardiologiques de la Loire.
Cette séance de tirs aux buts, c’était un hold-up tourné par Sergio Leone sous amphétamines. Plus personne ne respirait. Les gens priaient des saints qu’ils ne connaissaient même pas deux heures avant. Et au milieu du cirque : JETEDIRAI_LES_MAUBLEU. Le type avait déjà la gueule du voisin sympa qui vous dépanne une batterie en hiver ; vendredi soir, il s’est transformé en shérif du Far West. Il lui manquait juste le slip rouge sur le pantalon pour devenir Superman. Et encore, s’il avait marqué son tir au but décisif, on lui élevait directement une statue place Jean-Jaurès.
Rien que pour ce moment, on n’est pas complètement déçus d’être venus !
L’ASSE est passée par le trou d’une serrure rouillée, mais elle est passée quand même. Au terme d’une séance écrite sur la base d’un scénario aussi irrationnel qu’improbable ! Et qui a fait exploser le Chaudron comme jamais. #EMOTIONS …. Et on savoure d’autant plus qu’on n’en a pas vécu tant que ça cette saison.
Séance saupoudrée de pralines surprenantes. Un goal qui arrête et qui rate. Et le mental de certains jeunes comme NGUESSAN_FAMILLE, gros comme un camion-citerne. Il avance vers son penalty avec la décontraction d’un type qui va chercher une baguette. Glacial et clinique. Mais alors une question me taraude : il va le montrer quand, son mental, pendant les 95 minutes réglementaires ? Parce ce que moi ça fait deux ans que j’attends sans jamais rien voir.
Mais c’est là que le football est un narcotrafiquant émotionnel hors catégorie. Dix minutes d’adrénaline pure suffisent à lessiver la mémoire collective. Les 95 minutes affligeantes disparaissent derrière l’explosion finale. On oublie tout. Les passes ratées, les contrôles qui rebondissent jusqu’à Firminy, les centres pour personne. L’ASSE nous remet une pièce dans la machine à espoir irrationnel. Et nous, comme des pigeons magnifiques, on recommence à y croire.
Alors qu’au fond, on sait très bien que ce genre d’histoire finit souvent par un salto arrière sans matelas.
OUI MAIS … APRÈS 95 MINUTES DE PAUVRETÉ ET D’ANGOISSE
Parce qu’il faut quand même parler du match. Et mon Dieu que ce fut laid. Aussi bouché qu’une salière de restaurant low-cost.
Pourtant, on attendait tous secrètement une réaction, enfin, de notre équipe après tous ces derniers matchs de merde. Et bien une nouvelle fois, peine perdue (comme disait ce serrurier un peu tête-en-l’air). Et au regard du match en lui-même, il ne s’en est quand même pas fallu de grand-chose (un poteau par exemple ?) pour qu’on finisse tous – dans le temps réglementaire – avec le regard du veau dans la luzerne.
Le RAF avait joué trois jours plus tôt avec un match intense dans les pattes. En théorie, les Verts devaient les manger physiquement comme un buffet à volonté un lendemain de mariage. En pratique, c’est surtout le public qui a dégusté. L’ASSE a livré une prestation rachitique, lente, angoissée, presque dépressive. Deux occasions en 95 minutes pour une équipe présentée depuis des mois comme une armada offensive. Deux.
A l’évidence, tout le monde jouait les meules serrées ferme et avec le trouillomètre à zéro. Mais peur de quoi ? De faire pire que les 4 derniers matchs ? C’était quand même peu probable, non ? Quoique …
Alors oui, il y a les blessés. Oui, les organismes sont rincés. Ce qui questionne à nouveau le pari tout à fait débile d’avoir commencé le foncier très tôt en juin, Merci Eirik !!! Mais à un moment, il faut arrêter de maquiller une panne de moteur avec du parfum d’ambiance.
Navire amiral de la fatigue et du manque d’intensité et de rythme vert, KANTÉ_PARTIRO a probablement signé son pire match en vert. Toujours en retard, toujours à contretemps, des tacles maîtrisés comme une pelleteuse sur du verglas. Honnêtement, il aurait pu finir la soirée sous la douche avant les autres sans que personne ne crie au scandale, sur un énième pain capable de défoncer le galandage d’un hôtel de passe, parce qu’il était en retard.
Le milieu de terrain vert est un véritable naufrage… Oui, au milieu coule une rivière de médiocrité footballistique. Sans BOAKYE_PROFITE_LE_CRIME, on découvre une bande de garçons capables de courir sans ballon, à peu près corrects quand il s’agit de le récupérer, mais qui semblent considérer l’objet rond comme une invention étrangère. Au passage, à quel moment ça devient une idée brillante de faire tirer un Tir au But décisif à MOUEFFEK_LA_POLICE ?... Parce que s’il avait l’air concentré de Sir Fleming en train d’inventer la pénicilline, au bout d’un moment quand tu as des boites à chaussures aux pieds et que tu ne sais pas faire une passe correcte à 5 mètres, il ne faut pas s’attendre à des miracles dans un exercice technique comme celui-ci.
Et ce naufrage du milieu explique en partie le désert offensif. Car vendredi dans ce domaine, c’était une nouvelle fois le désert de Gobi avec option brouillard. Mais c’est sûr, quand aucun ballon correct n’arrive devant…
Mais attention je dis bien seulement EN PARTIE. Parce qu’il y a aussi une réalité plus brutale : certains sont tout simplement faibles footballistiquement sur cette fin de saison. CARDONA_QUE_L'AMOUUUUR erre comme un touriste sans GPS et continue sa longue descente aux enfers. L'AFFAIRE_DUFFUS donne parfois l’impression de découvrir les gestes du foot au fur et à mesure…. Dramatique.
Finalement, la fameuse “attaque de feu” annoncée en début de saison ressemble aujourd’hui à un briquet humide. Et Ironie suprême : c’est presque en fin de parcours la Défense, qu’on annonçait au contraire comme le maillon faible en début de saison, qui tient encore à peu près debout. BERN_HAPPY_AUER a été solide, sérieux, concerné, et propre dans la relance. Et CARDINAL_PACINO, lui, a joué avec une intensité digne de l’événement. Deux joueurs à la hauteur, pas beaucoup plus.
Le reste ? Une bouillie triste, nerveuse et pauvre.
LES PROMESSES N’ENGAGENT QUE CEUX QUI Y CROIENT
Ça passe encore entre le mur et l’affiche. Mais ça ne durera probablement pas aussi longtemps que les impôts.
Parce qu’entre l’ASSE de cette fin de saison — et particulièrement celle de ce vendredi soir — et un seizième de Ligue 1, il y a actuellement autant d’écart qu’entre une trottinette électrique et un Rafale de l’armée de l’air.
Avec 24 heures de recul, je crois que cette qualification me laisse finalement de marbre, pire qu’un coït arctique chez les Esquimaux glacés. Et si l’ASSE reste finalement en Ligue 2 l’an prochain, je ne mettrai pas spécialement à pleurer comme une toiture savoyarde à la fonte des neiges.
Car s’il parait que le nombre de fois où notre ASSE aurait pu valider son accession directe, il n’y a pas un boulier chinois qui pourrait les compter, il n’en reste pas moins qu’on est juste là où on mérite d’être. Tu peux faire des coups d’éclat, mais sur la durée, le sport récompense généralement les meilleurs. Et cette saison, je n’ai jamais vraiment eu le sentiment que nos Verts faisaient partie du gratin.
En football, et contrairement à ce qui se passe souvent en politique, Réalité et Vérité restent rarement assises sur la banquette arrière dans la voiture qui conduit aux élections.
Mais il paraît que le football est irrationnel.
Alors on verra bien.


