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[Le Doss'] ASSE ou le complexe de l’avant-centre (2/2) : maux et remèdes

Depuis le début de la saison, les verts souffrent d'un cruel manque d'efficacité et de réalisme devant le but adverse. Ce n'est pas un problème nouveau du côté du Forez où les avant-centres ont du mal à convaincre depuis des années. Maux et remèdes.

La semaine dernière, nous publions la première partie du dossier "ASSE ou le complexe de l’avant-centre". Cet état des lieux nous a permis de nous rendre compte que le club n'a jamais vraiment réussi à trouver un profil prenant la relève d'Aubameyang au poste d'avant-centre. Nous alors essayer de trouver les raisons de ce mal à la Stéphanoise et essayer de voir comment y remédier. 

Le profil

Dans la première partie du dossier, nous parlions des noms et les statistiques sans vraiment évoquer les profils de chaque joueur. Aubameyang est un attaquant rapide, sa vitesse lui permet de prendre de vitesse les joueurs adverses, tout en ayant un positionnement soigné et réfléchi. Ajoutez à ça une qualité de dribble et une vitesse d’exécution lui permettant de gagner des duels. Son physique est aussi un atout, du haut de son mètre quatre-vingt-sept, le Gabonais est plutôt à l’aise dans ses duels aériens et sur les centres. Autrement dit, Aubame est un attaquant complet, inspiré et efficace.

Brandao, quant à lui, était un avant-centre plus porté sur le physique. Avec ses 1m89, le brésilien évoluait dans un rôle d’attaquant « pivot », utilisant son physique pour pallier à certains manquements. Peu rapide, il n’était pas non plus un joueur très technique. Cependant, il était précieux dans le jeu, servant de point d’appui pour ses coéquipiers offensifs plus percutants (Gradel, Aubameyang, Hamouma). C’est cette complémentarité qui a permis, à l’attaque stéphanoise de la saison 2012-2013, d’avoir le meilleur bilan offensif de l’ASSE de la décennie, avec 60 buts après 38 journées de L1.

C’est probablement cette complémentarité, entre l’avant-centre et les autres attaquants, qui s’est perdue après le départ d’Aubameyang. On peut tout de même notifier la saison 2014-2015 avec le duo Gradel/Erdinç, qui ont respectivement terminé la saison avec 17 et 8 buts. Cependant, cela illustre bien le mal offensif de l’ASSE à « l’après Aubame », c’est à dire un ailier qui sort du lot, aux côtés d’un avant-centre qui peine à s’épanouir. C’est ce qu’on a pu constater avec les duo Hamouma/Roux, Khazri/Beric, ou encore Bouanga/Diony cette saison.

Le profil d’attaquant complet n’a donc jamais été retrouvé après le départ d’Aubameyang. Diony avait pourtant été recruté pour ce profil « complet », mais n’a finalement pas répondu aux attentes. Van Wolfswinkel, Roux, Erdinç et Beric avaient un profil assez similaire, ni rapides, ni très physiques, mais fournissant beaucoup d’efforts pour créer des espaces. Le profil d’attaquant « pivot », à l’image de Brandao, n’a pas non plus été retrouvé, en atteste l’échec de Søderlund qui était censé remplir ce rôle.

Le recrutement

La question du recrutement a été remise au centre des débats cette semaine, avec l’éviction (en cours) du « responsable de la cellule de recrutement », David Wantier, en fonction depuis mai 2015. Avec un tableau de chasse conséquent avec un certain nombre d’avant-centres : Roux, Maupay, Søderlund, Beric et Diony.

Il est alors légitime de se demander si l’échec des avant-centres sous le maillot vert est simplement dû à des erreurs de casting et une incompétence des recruteurs. Il s’agit désormais de regarder d’où viennent les joueurs recrutés depuis le départ d’Aubameyang, les contraintes économiques et l’évolution du marché des transferts.

L’arrivée de Nolan Roux est plutôt cohérente. L’ancien Lillois n’est pas un serial-buteur, proche de la barre des 10 buts chaque saison chez les dogues, mais surtout avec une expérience en compétition européenne (C1 et C3). L’ASSE vient de retrouver l’Europe avec une qualification en Europa League, mais la plupart des verts n’ont jamais expérimenté ce genre de compétition. Pour 2M€, les dirigeants ne pouvaient sûrement pas trouver un meilleur joueur avec une telle expérience.

Quelques semaines après l’arrivée de Roux, c’est au tour de Robert Beric de rejoindre les verts. Le slovène est alors le recrutement le plus ambitieux de l’ASSE depuis de nombreuses années. Arrivé pour 5M€ du Rapid Vienne, Beric avait inscrit 27 buts en championnat la saison précédente. À 24 ans, il comptabilisait alors 32 matchs en compétition européenne (C1 et C3) pour un total de 9 buts. Le passage de Beric laisse alors un goût amer lors de son départ à Chicago lors du dernier mercato, le goût d’un attaquant adoré qui n’a jamais trouvé grâce aux yeux de ses entraîneurs, mais aussi un attaquant qui n’a pas été épargné par les blessures. Il est donc impossible, à mon avis, de considérer Beric comme un mauvais recrutement.

La même saison, Neal Maupay arrive pour 600 000€ en provenance de Nice. Le jeune attaquant franco-argentin n’arrivera pas à trouver sa place chez les verts, mais l’avenir montrera que, pour cette somme, son arrivée n’était clairement pas un mauvais recrutement.

Lors du mercato hivernal, Alexander Søderlund arrive de Norvège pour pallier à la blessure de Beric. Avec 22 buts en 27 rencontres de championnat lors de sa saison précédente et une expérience européenne avec Rosenborg, il arrive dans le Forez pour seulement 1,4M€. Malgré la différence de niveau entre le championnat norvégien et la L1, il semblait compliqué de pronostiquer un bilan aussi décevant pour Søderlund. Encore une fois, il me semble difficile de considérer son arrivée comme un mauvais recrutement.

Cependant, le recrutement des saisons suivantes marque un manque d’ambitions offensives flagrant. Si les joueurs cités précédemment semblaient être de bons recrutements, ces derniers n’ont malheureusement pas vraiment réussi à s’imposer. Après deux saisons très moyennes offensivement, les verts perdent la qualification européenne et font les frais d’un non-recrutement offensif lors de la saison 2016-2017.

L’arrivée de Loïs Diony au mercato d’été 2017 était censé représenter le projet ambitieux d’Oscar Garcia, venu succéder à Galtier. Arrivé pour 7M€ (hors bonus), il devient la recrue la plus coûteuse de l'histoire de l’ASSE. À l’image du projet Oscar Garcia, Diony s’est rapidement montré très décevant. Pour le coup, on peut considérer son arrivée comme un mauvais recrutement. Il n’avait pas réussi à signer de contrat pro avec son club formateur (FC Nantes) et avait été en CFA pour se relancer avant de se faire repérer par le DFCO (alors en Ligue 2). C’est dans ce championnat de L2 que Diony a pris du galon jusqu’à obtenir la montée en L1 où il va réaliser une bonne première saison avec 11 buts en 37 rencontres. Son transfert à l’ASSE est alors une grosse pression, après seulement une saison en Ligue 1, il est présenté comme le joueur qui va redonner un second souffle à l’attaque stéphanoise.

Après l’échec Diony, aucun « vrai » avant-centre n’a été recruté dans le Forez. Faute de club pour acheter Diony et dans l’espoir d’une rédemption de Beric, le poste est saturé et personne n’arrive. Khazri et Bouanga sont alors des recrutements offensifs satisfaisant, mais pas des avant-centres de formation.

La tactique

La question de la tactique est en réalité une série de questions sans réponse incontestable. Quel schéma adopter pour obtenir un rendement offensif convenable ? Est-ce aux joueurs de s’adapter à la tactique ou à la tactique à s’adapter aux joueurs ? Faut-il sacrifier l’avant-centre au profit des ailiers ? Y-a t-il une formation supérieure à une autre ? Une formation qui permet un meilleur rendement offensif ?…

Je vous laisse vous faire votre propre avis sur ces questions et partager cet avis dans les commentaires, mais je vais tout de même vous présenter mon avis global sur la tactique à Saint-Étienne.

À mes yeux, la tactique doit s’adapter aux joueurs. La tactique adoptée doit pouvoir tirer profit des différentes qualités de chaque joueur. L’idée n’est pas de s’arrêter au constat « Diony n’est pas bon, car il ne marque pas », mais d’aller plus loin en se questionnant sur « Pourquoi Diony n’arrive pas à marquer et comment faire pour qu’il soit en condition de marquer ? ». Dans ce sens, je pense que Diony serait meilleur en second attaquant aux côtés d’un attaquant physique, c’est un attaquant qui a besoin de complémentarité pour être efficace.

Le recrutement lors du prochain mercato va être primordial. Si la tactique doit s’adapter aux joueurs, le recrutement doit s’adapter à la tactique que veut utiliser le coach. Désormais, c’est à Claude Puel de poser sa patte sur la construction d’une équipe qui réponde à ses ambitions tactiques. Le coach a désormais un pouvoir quasi-total sur le club, il doit sauver les meubles jusqu’à la fin de la saison pour repartir sur un bon pied et mettre en place son projet ambitieux.

Entraîneur formateur, Puel a un effectif de jeunes très prometteurs à l’image de Charles Abi. Cependant, ce dernier semble encore un peu léger pour être avant-centre en Ligue 1. Claude Puel va donc devoir trouver un équilibre pour tirer le club vers le haut.

À mon avis, le secteur offensif de l’ASSE doit franchir un palier si le club veut retrouver une posture européenne. Palier qui ne peut être franchi que par un remaniement du poste d’avant-centre. Diony doit partir et l’ASSE doit investir dans un avant-centre expérimenté de qualité, ainsi que dans un avant-centre prometteur en plus de Charles Abi. Le but est d’installer une concurrence saine entre ces attaquants afin que chacun progresse aux côtés d’un entraîneur qui sait comment tirer le meilleur de ses joueurs.

N’hésitez pas à donner votre avis sur le passé et l’avenir du poste d’avant-centre à l’ASSE. Pour vous, quelles mesures doivent être adoptées lors du prochain mercato et qui voyez-vous au poste d’avant-centre pour les prochaines saisons ?

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