11 juin 2023
Peuple-Vert.fr – Foot – ASSE – ActualitĂ© Live
Actualité

📚 Histoire ASSE : Roger Rocher, un PrĂ©sident devenu LĂ©gende

Roger ROCHER, president of Saint Etienne during a photoshoot during the French Division 1 Championship season 1980/1981 at Saint Etienne, France on October 14th, 1980. ( Photo by Alain De Martignac / Onze / Icon Sport )

ROGER ROCHER, LE PRESIDENT VISIONNAIRE

À l’occasion de l’anniversaire de sa mort survenu le 29 mars 1997, retour sur l’un des personnages les plus marquants de l’histoire de l’AS Saint-Etienne. Roger Rocher a permis aux Verts de se maintenir tout en haut de la hiĂ©rarchie nationale pendant deux dĂ©cennies.

Visionnaire, leader charismatique, il a bĂąti un club Ă  son image, fier de ses valeurs issues des profondeurs de la terre et respectueux de la parole donnĂ©e. Il s’est investi corps et Ăąme au point de ne faire plus qu’un avec l’ASSE qu’il a Ă©pousĂ© pour le meilleur et pour le pire.

HISTOIRE D’UNE LEGENDE

Roger Rocher est nĂ© Ă  Champlost dans l’Yonne le 6 fĂ©vrier 1920 mais il a passĂ© toute sa jeunesse dans le quartier de l’Eparre Ă  Saint-Étienne. Il y cĂŽtoie les mineurs qu’il rejoint en juillet 1937 alors qu’il n’a que 17 ans. Alors qu’il est prĂ©destinĂ© Ă  prendre la succession de son pĂšre, Gaston Rocher qui exploite une carriĂšre, il doit d’abord apprendre l’école de la vie et des hommes qu’il sera peut-ĂȘtre amenĂ© Ă  commander. C’est le temps des amitiĂ©s solides, de la solidaritĂ© et de la dĂ©brouillardise.

Pendant dix ans, il est un des tĂ©moins de toute une gĂ©nĂ©ration qui vit au rythme des crassiers et des coups durs qui traversent leur quotidien. Plus d’une fois, il voit un de ses camarades tomber, victime du charbon et il a peur comme les autres de ne jamais remonter vers la lumiĂšre. Cela forge un caractĂšre.

Il n’oubliera jamais ces hommes qui, malgrĂ© leurs conditions de travail, ne cesseront jamais de parler de leur mĂ©tier avec fiertĂ© et conviction. Ils sont vingt mille Ă  descendre sous terre liĂ©s comme les cinq doigts de la main car le moindre Ă©cart signifie la mort de l’un des leurs. À cette Ă©poque, il rencontre Germaine, sa future femme qu’il Ă©pouse le 31 mai 1941 et qui lui a donnĂ© cinq enfants de 1942 Ă  1948. Elle lui sera toujours fidĂšle, Ă©ternellement Ă  ses cĂŽtĂ©s mĂȘme lors des moments les plus pĂ©nibles de la vie de son mari.

Roger Rocher president of Saint Etienne before the Round of 16 of UEFA Cup, second leg, match between Aris Thessaloniki FC and AS Saint Etienne, at Harilaou Ground, Thessaloniki, Greece on December 12th 1979 ( Photo by Michel Barrault / Onze / Icon Sport )

En 1945, il devient co-gĂ©rant de la sociĂ©tĂ© Rocher PĂšre et fils crĂ©Ă©e spĂ©cialement pour l’occasion et en 1946, avec son frĂšre Claude, ils crĂ©ent la SFTP, SociĂ©tĂ© ForĂ©zienne de Travaux Publics car au sortir de la guerre tout est Ă  reconstruire. Ils mĂšnent de front les deux activitĂ©s jusqu’en 1951 oĂč ils se consacrent entiĂšrement Ă  la SFTP qui a prospĂ©rĂ©.

Au mĂȘme moment, Roger Rocher s’engage dans le sport en crĂ©ant l’Association Sportive des Petites Mines qui fusionne en 1947 avec le Football Club Franco Espagnol pour devenir l’Olympique de Saint-Étienne. Il en est le premier prĂ©sident apprenant sur le tas pendant toutes ces annĂ©es le mĂ©tier de dirigeant sportif n’hĂ©sitant pas Ă  mettre la main Ă  la pĂąte quand il le fallait Ă  la force du poignet et du poing si nĂ©cessaire. Ses efforts sont Ă©loquents et remarquĂ©s par le quotidien sportif « L’Equipe » qui lui dĂ©cerne la distinction de « Meilleur Patron sportif de France » en 1957.

1957 est une annĂ©e faste puisque Pierre Faurand, prĂ©sident de l’ASSE, fait appel aux services de l’entreprise de Roger Rocher pour moderniser le stade Geoffroy Guichard. En deux mois, il construit des gradins debout en remblai cĂŽtĂ© nord et sud du stade.

Roger Rocher, president of Saint Etienne during the Final French Cup match between Paris Saint Gemain and AS Saint Etienne, at Parc des Princes, Paris, France on 15th May 1982 ( Photo by Gerard Bedeau / Onze / Icon Sport )

ImpressionnĂ© par ses qualitĂ©s, Pierre Faurand le fait admettre au comitĂ© directeur du club oĂč il prend rapidement des responsabilitĂ©s. LĂ  encore, son influence grandit au point de se voir attribuer la commission sportive et d’ĂȘtre nommĂ© vice-prĂ©sident en 1960.

Revenu aux affaires en 1959-60, Pierre Guichard veut prendre du recul et il propose son fauteuil Ă  Roger Rocher qui, flattĂ©, ne peut dĂ©cemment refuser. Il est donc Ă©lu le 17 avril 1961 prĂ©sident de l’Association sportive de Saint-Étienne Ă  l’unanimitĂ© moins deux voix, celle d’Alex Fontanilles, son concurrent, et la sienne.

Il reste sans discontinuer Ă  la tĂȘte de l’ASSE jusqu’en 1982 oĂč il obtient un palmarĂšs sans Ă©gal : 9 titres de champion de France, 6 coupes de France et une finale de Coupe des champions en 1976.

UN REGNE DE 21 ANS

Le rĂšgne de Roger Rocher peut ĂȘtre dĂ©coupĂ© en quatre pĂ©riodes bien distinctes.

La premiĂšre s’étale de 1961 Ă  1964. C’est le temps de l’apprentissage et de la prise en main de son club. Il est aidĂ© dans sa nouvelle tĂąche par Pierre Faurand, vice-prĂ©sident, dont les conseils sont prĂ©cieux et surtout par Charles Paret qui fait des miracles Ă  la direction administrative. Pourtant, au niveau sportif, les dĂ©buts sont difficiles, sanctionnĂ©s en 1962 par une 17e place en championnat de France de premiĂšre division et un retour Ă  l’échelon infĂ©rieur pour la premiĂšre fois depuis 1938. Il envisage alors de dĂ©missionner mais il reçoit le soutien opportun de Pierre Guichard. RassurĂ©, il repart au combat, en profite dans la foulĂ©e pour remporter sa premiĂšre coupe de France, l’ASSE devenant ainsi la premiĂšre Ă©quipe Ă  gagner cette compĂ©tition l’annĂ©e de sa descente en D2.

La remontĂ©e est une formalitĂ© pour les troupes de Roger Rocher qui a choisi de conserver les mĂȘmes joueurs et a rĂ©ussi Ă  faire revenir le gĂ©nial Rachid Mekloufi qui s’était exilĂ© suite aux consĂ©quences de la guerre d’AlgĂ©rie. En 1963, le PrĂ©sident rĂ©alise son premier coup d’éclat en obtenant un autre retour, celui de l’entraĂźneur mythique Jean Snella qui officiait au Servette de GenĂšve. Sous sa conduite, les Verts deviennent pour la deuxiĂšme fois de leur histoire champions de France l’annĂ©e mĂȘme de leur rĂ©intĂ©gration en 1ere division, un exploit que seul Bordeaux avait rĂ©alisĂ© jusque-lĂ .

Roger ROCHER, president of Saint Etienne during a photoshoot during the French Division 1 Championship season 1980/1981 at Saint Etienne, France on October 14th, 1980.
( Photo by Alain De Martignac / Onze / Icon Sport )

La deuxiĂšme Ă©poque (1964-1970) est celle de la confirmation. Roger Rocher met tout en Ɠuvre pour pĂ©renniser dĂ©finitivement le club au plus haut niveau. Il le modernise en le dotant d’infrastructure adaptĂ©e aux contraintes du professionnalisme. Le stade Geoffroy Guichard appartient dĂ©sormais Ă  la ville qui exĂ©cute les travaux nĂ©cessaires (Ă©clairage, augmentation de la capacité ). Une Ă©quipe mĂ©dicale avec un suivi personnalisĂ© des joueurs est mise en place, une premiĂšre en France. Surtout, grĂące au travail de Pierre Garonnaire, qui depuis 1967 est un salariĂ© Ă  part entiĂšre du club, le centre de formation de l’ASSE voit le jour. Les stagiaires sont logĂ©s en ville par l’ASSE dans des appartements achetĂ©s ou louĂ©s par ses soins. Les rĂ©sultats ne se font pas attendre.

Saint-Étienne redevient champion de France en 1967, une suprĂ©matie qui ne se dĂ©mentira pas malgrĂ© le dĂ©part de Snella cette mĂȘme annĂ©e car il est remplacĂ© par un autre grand entraĂźneur, Albert Batteux qui ajoute trois autres titres, ce qui en fait quatre consĂ©cutivement (1967, 1968, 1969, 1970) et deux Coupes de France (1968, 1970) dont une victoire extraordinaire 5-0 contre Nantes, qui reste encore Ă  ce jour le plus gros Ă©cart jamais rĂ©alisĂ© lors d’une finale.

 

La troisiĂšme Ă©poque est celle de la consĂ©cration (1970-1976). Pourtant, cette pĂ©riode avait mal commencĂ©. Le contrat Ă  temps fait son apparition alors qu’auparavant, les joueurs Ă©taient liĂ©s Ă  leur club jusqu’à l’ñge de 35 ans. Il fait des ravages dans les rangs de l’ASSE qui subit coup sur coup l’affaire Bosquier-Carnus qui met fin Ă  l’espoir de remporter un cinquiĂšme titre consĂ©cutif qui lui tendait les bras et celle de Salif Keita un an plus tard pour les mĂȘmes raisons. À chaque fois, l’Olympique de Marseille est arrivĂ© Ă  lui subtiliser ces joueurs que le prĂ©sident stĂ©phanois aurait bien aimĂ© conserver.

L’intransigeance de Roger Rocher qui n’aura pas voulu cĂ©der d’un pouce, en homme de la vieille Ă©cole, aura peut-ĂȘtre coĂ»tĂ© des trophĂ©es supplĂ©mentaires mais elle a tout de mĂȘme un effet bĂ©nĂ©fique. Elle le force Ă  changer son fusil d’épaule, Ă  faire confiance Ă  un nouvel entraĂźneur, le jeune Robert Herbin et Ă  lancer une nouvelle gĂ©nĂ©ration de joueurs.

Pour Ă©viter toute mauvaise surprise, il leur fait signer un contrat de sept et huit ans afin de travailler dans la durĂ©e. Toutefois, le PrĂ©sident ne se lance pas dans l’inconnue. Il inaugure en 1972 un tout nouveau bĂątiment administratif qui rĂ©unit en un seul lieu, Geoffroy Guichard,  tous Ă©lĂ©ments de la future rĂ©ussite europĂ©enne de l’ASSE.

Car si jusque-lĂ , les Verts Ă©taient capables d’exploits sur la scĂšne continentale comme cette qualification 3-0 face au Bayern Munich en 1969, ils restaient sans lendemain. Au contraire, sous la conduite de leur jeune entraĂźneur, les Verts, constituĂ©s de joueurs formĂ©s au club encadrĂ©s par deux guerriers, Yvan Curkovic et Osvaldo Piazza, remportent trois championnats de France consĂ©cutifs (1974, 1975, 1976) et ils font des Ă©tincelles en Coupe d’Europe.

Jean CASTANEDA, Ivan CURKOVIC, Patrick BATTISTON, Christian LOPEZ, Bernard GARDON, Gerard JANVION, Jean-Philippe PRIMARD, Firmin PEREZ, Thierry WOLFF, Michel PLATINI, Jean-Francois LARIOS, Jean-Louis ZANON, Laurent PAGANELLI, Jacques SANTINI, Jean-Marie ELIE, Thierry OLEKSIAK, Yves COLLEU, Patrice LESTAGE, Laurent ROUSSEY, Johnny REP, Jacques ZIMAKO and Eric BELLUS of Saint Etienne and Robert HERBIN, head coach of Saint Etienne and Roger ROCHER, president of Saint Etienne during a photoshoot during the French Division 1 Championship season 1980/1981 at Saint Etienne, France on October 14th, 1980.
( Photo by Michel Barrault / Onze / Icon Sport )

En effet, ils rĂ©alisent une premiĂšre performance en 1975 en atteignant les demi-finales de la Coupe des Champions avec un notamment un exploit magnifique face Ă  l’Hajduk Split oĂč ils rĂ©ussissent Ă  remonter un Ă©cart de trois buts concĂ©dĂ©s au match aller, (1-4 et 5-1). L’ASSE fait encore mieux l’annĂ©e suivante en ne s’inclinant qu’en finale face au Bayern Munich et ses maudits poteaux carrĂ©s. MalgrĂ© la dĂ©faite, les troupes de Roger Rocher, avec son prĂ©sident Ă  leur tĂȘte, dĂ©filent le lendemain sur les Champs-ElysĂ©es devant plus de 100 000 personnes et sont reçus par le prĂ©sident de la RĂ©publique, Valery Giscard d’Estaing. C’est l’apothĂ©ose.

Nous ne nous attarderons pas sur la quatriĂšme Ă©poque qui va de 1977 Ă  1982 car malgrĂ© une Coupe de France (1977) et un titre de champion de France (1981), elle sera marquĂ©e par sa chute qu’une sombre histoire de caisse noire, dans laquelle il ne sort pas grandi, rendra inĂ©luctable. IncarcĂ©rĂ© en 1983 pendant quatre mois, elle n’en sera que plus cruelle.

Toutefois, elle ne saurait faire oublier tout ce que Roger Rocher a apportĂ© Ă  l’ASSE et comme il pourra le constater lors de son jubilĂ© le 13 septembre 1992, le peuple stĂ©phanois ne lui en tiendra jamais rigueur. Bien au contraire ! Il figure Ă©videmment au panthĂ©on des hommes les plus importants de l’histoire de l’AS Saint-Étienne qu’il aura conduit au firmament, tout lĂ -haut, Ă  force de courage et de tĂ©nacitĂ©.

Il s’éteint des suites d’une longue maladie Ă  l’HĂŽpital Nord de Saint-Étienne le 29 mars 1997 et nul doute qu’il occupe une place de choix aux cĂŽtĂ©s des Pierre Guichard ou encore Jean Snella qui l’auront accueilli avec bienveillance.

Article rédigé par Albert Pilia

P
Peuple Vert

GRATUIT
VOIR