Pendant près de quatre décennies, la Divette de Montmartre s’est imposée comme le fief des supporters stéphanois à Paris. Serge Vial, son gérant historique, s’est confié quelques semaines après la fin de l’aventure.

Serge, comment est née votre passion pour les Verts ?

Je suis né en 1953, à 800 mètres de Geoffroy-Guichard. Les Verts, c’est toute ma jeunesse. Mon père a même joué à l’ASSE avant la guerre, mon frère aussi. Je me souviens encore quand je descendais à la cave et que je les voyais monter eux-mêmes leurs crampons sur leurs chaussures. C’est quelque chose qui m’a bercé dès mon enfance.

Si vous ne deviez garder qu’un seul souvenir de l’ASSE, ce serait lequel ?

Je vais être très honnête, je n’en ai pas. J’ai toujours pensé que quand tu étais supporter, tu devais porter ton équipe dans les bons comme dans les mauvais moments. Il suffit de profiter de l’instant présent, sachant qu’il y aura toujours mieux après.

Racontez-nous l’histoire de la Divette de Montmartre.

J’ai repris la Divette en 1986, après avoir été pendant quatre ans rue Montorgueil, dans le centre de Paris. Je me souviens qu’à l’époque, je voyais déjà partout du vert autour de moi. Je discutais d’ailleurs assez souvent avec Monsieur Talon, qui était le président de la section de Paris.

Après, au tout début de l’aventure, je ne pensais pas du tout que ce lieu attirerait les supporters des Verts. Au départ, cela n’avait rien à voir. C’était un bar comme les autres, où j’affichais mes passions : le football et la musique. J’ai d’ailleurs eu Léonard Cohen pendant un mois et demi au bar, on discutait souvent ensemble. Lui, c’est le premier, mais j’ai eu plein d’autres artistes. Le dernier, c’est Obispo.

Comment expliquez-vous tout l’engouement qui s’est créé autour de la Divette ?

Je n’ai jamais fait de publicité, c’est à force de voir les matches à la télévision que les gens sont venus de plus en plus nombreux. Il faut bien avoir en tête qu’à l’époque, le football n’était pas comme celui d’aujourd’hui. Très peu de matches étaient diffusés, c’était très compliqué de voir son équipe jouer. Le football, tu l’écoutais davantage à la radio que tu ne le regardais à la télévision. Mais il ne faut pas oublier non plus que la Divette, ce n’était pas que l’ASSE et le football. J’ai fait de la radio, organisé de nombreux concerts. Les gens aimaient l’ambiance qu’il y avait à la Divette.

Les joueurs aussi ?

Celui qui est venu plusieurs fois, c’est Rocheteau. J’ai eu aussi Curkovic. Mustapha Dahleb est également venu plusieurs fois, c’est un super mec. Plus récemment, j’ai eu Patrick Guillou. Mais je ne savais même pas qui c’était, je ne l’avais pas reconnu. Pour moi, tout le monde ressemble à tout le monde.

Vous avez vécu beaucoup de grands moments de l’ASSE à la Divette. Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

La finale de la Coupe de la Ligue, il y avait une ambiance absolument exceptionnelle. Mais en fin de compte, je n’en ai pas vraiment profité. Sur les 90 minutes d’un match, j’en voyais à peine 10. J’étais obligé de bosser et j’écoutais les commentaires. Je peux d’ailleurs dire que la plupart étaient des ânes. Les mecs parlaient de tout, sauf de jeu.

Je me souviens aussi du 100e derby, c’était dingue. J’ai cru que le bar allait exploser. Sur les vidéos, on le voit bouger. C’était énorme. C’est d’ailleurs assez marrant car pour les derbys, il y avait plein de gens qui n’étaient pas supporters des Verts, mais qui venaient profiter de l’ambiance.

La Divette peut-elle renaître ailleurs ?

La Divette, c’est 136 rue Marcadet et nulle part ailleurs. Sinon, ce n’est plus la Divette. Peut-être que si j’avais réouvert un truc, j’aurais pu l’appeler comme cela. Mais en fait non, ça me ferait vraiment chier (sic) qu’un bar puisse avoir ce nom.

Aujourd’hui, l’ASSE et Saint-Etienne sont-elles toujours dans votre cœur ?

Je suis à Paris depuis 49 ans, mais je fais partie de ces générations où l’on est Stéphanois et on le reste. Je suis d’ailleurs descendu il y a quatre ans pour l’enterrement de mon frère, je suis passé au-dessus de la Place du Peuple et ça m’a foutu un coup. Tous les commerces étaient fermés, c’était horrible. Même dans le tram, les gens tiraient la gueule alors qu’avant, tout le monde se marrait. Mais cela n’empêche que Sainté, c’est pour la vie.

Un immense merci à Serge pour sa sympathie et sa disponibilité !