Rémy Cabella a évolué à l’ASSE de 2017 à 2019. Deux saisons au cours desquelles le meneur de jeu, en provenance de Marseille, s’est fait une place dans le coeur des supporters stéphanois. Si le Corse a transformé le jeu de l’équipe stéphanoise, c’est avant tout l’homme qui a conquis les supporters. Il se raconte dans une interview parue dans So Foot. Extraits.

Ancienne génération Vs nouvelle génération

« Le foot a changé, mais ce qui me marque, c’est qu’il y a beaucoup plus de cracks qu’avant. Les jeunes de 2023 sont plus matures, plus forts, plus nombreux, et je prends énormément de plaisir à les voir jouer. Quand je vois le groupe des Espoirs, je me dis: “Pff, c’est quoi cette équipe de fous!” Ils ont 19, 20, 21 ans, et la plupart sont déjà titulaires en ligue 1… Moins de dribbleurs ? Il en reste, des mecs comme Saint-Maximin, comme Cherki, mais le foot a aussi évolué là-dessus. Avant, on jouait tous dans nos quartiers, dans la rue. »

Cabella : Son secret qui lui permet de rester compétitif !

Remy CABELLA of Lille during the Ligue 1 Uber Eats match between OGC Nice and LOSC Lille on August 11, 2023 at Allianz Riviera, in Nice, France. (Photo by Johnny Fidelin/Icon Sport)

« J’aurais aimé que tous les étés de ma carrière soient les mêmes que ceux des trois dernières années. J’aurais été beaucoup plus fort, mais c’est comme ça. Avec l’âge, on apprend. C’est venu tard, mais maintenant, mes étés, je les travaille. Je fais beaucoup de travail individuel, ce que je ne faisais pas avant pendant mes vacances. Plus je vieillis, plus je travaille, plus je prends soin de moi, plus j’ai envie de donner. Comme si j’avais 20 ans. À 17 ans, 20 ans, 26 ans… J’allais courir de temps en temps, mais c’est tout. Maintenant, je me prépare vraiment. J’aurais aimé comprendre tout ça avant, mais ça s’est passé comme ça et c’est très bien aussi. J’ai quand même vécu des bons moments. J’ai connu des gros clubs: Montpellier, Newcastle, l’OM, Sainté, Krasnodar, avec qui j’ai rejoué la ligue des champions, Lille aujourd’hui… Après, j’aurais peut-être pu toucher le niveau encore supérieur, mais on n’en sait rien. J’avais déjà une grosse mentalité, mais il me manquait sûrement un petit truc pour le très très haut niveau. Ce n’est pas grave. »

Arles-Avignon : le club où il aurait pu craquer !

« Je suis parti à Arles-Avignon, où ça ne s’est pas très bien passé… Je me souviens de tout, de A à Z. Quand j’arrive, il n’y a que 12 ou 13 joueurs dans l’effectif. Le coach est alors Michel Estevan. Puis l’effectif grossit: 14, 15, 16, 18, 20, 25, presque 30 joueurs… Une armée. Il y a des mecs qui arrivent de partout, de tous les profils, et pendant le stage, je me fais une déchirure. Pendant deux mois, je ne suis donc pas là, et quand je reviens, Faruk Hadzibegic a remplacé Estevan. Les premiers mots qu’il me dit sont: “J’espère que t’as eu tes agents parce que je ne veux pas de toi. Appelle-les, tu repars à Montpellier cet hiver. ” Moi, je ne voulais pas y retourner, je voulais jouer. J’ai eu peur de voir ma carrière se terminer. Je me suis posé dix mille questions. J’ai bossé sans rien dire à mes parents et à mes agents. Chaque jour, Hadzibegic me disait: “Alors, t’as eu tes agents?” Dans ma tête, c’était: “Hé, laisse-moi tranquille… ” Un jour, il vient me voir en me disant qu’il a eu René Girard, que même lui ne veut plus de moi, que je n’ai aucun avenir à Montpellier. Un autre jour, il met une liste de convoqués sur un tableau. Normalement, c’est 18 joueurs en ligue 1. Lui en prend 16 et décide d’envoyer deux mecs en réserve, dont moi. Sauf que la réserve d’Arles-Avignon jouait en DH… Une autre fois, il me convoque dans son bureau en me demandant: “Tu sais où tu vas finir?” Je réponds, confiant: “Bah là, sur le tableau des convoqués. ” Là, il prend une poubelle et me dit: “Non, là-dedans. ” Hadzibegic m’a quand même fait très mal. Il me riait au nez quand je lui disais que je rêvais de jouer la ligue des champions. »

Oscar Garcia et Jean-Louis Gasset lui ont permis de s’exprimer

Remy Cabella of Saint-Etienne during the Ligue 1 match between Saint-Etienne and Montpellier at Stade Geoffroy Guichard on May 10, 2019 in Saint-Etienne, France. (Photo by Alexandre Dimou/Icon Sport)

« Ma carrière aurait été différente si j’avais passé ma vie dans l’axe. À Newcastle, j’ai souvent joué à droite et ça n’a pas été simple. Là-bas, mes meilleurs matchs, je les ai faits face aux plus grosses équipes, car le jeu était un peu plus ouvert, mais je n’étais pas à mon poste. J’aurais aimé être 10 toute ma carrière. À l’OM, je n’ai pas non plus joué à ce poste. Ça m’a parfois fait un peu de peine parce que je me dis qu’on n’a vu que 60% de mon potentiel. Finalement, j’ai vraiment retrouvé ce rôle de 10 avec Oscar Garcia et Jean-Louis Gasset, à Sainté. À Krasnodar, j’ai aussi joué dans l’axe et je me suis éclaté. Au Losc, c’est pareil: si je me sens bien, c’est parce que je suis au cœur de la machine. »

Cabella : du clip de Jul au saut en parachute interdit à Dubaï !

« Ma présence dans un clip de Jul ? Dans le clip, j’avais mis un masque parce que je ne voulais pas qu’on me reconnaisse, mais tout le monde m’a reconnu (rires). On est partis d’un endroit pour aller vers La Valentine, il y a eu une course-poursuite avec les flics… Tout ça, c’était vrai. On s’est régalés, ça a été un moment incroyable. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai été footballeur, que j’ai tourné dans un clip de Jul, que j’ai joué dans un film qui s’appelle Les Déguns , que j’ai voyagé, que j’ai sauté en parachute à Dubaï… J’étais à Sainté à cette époque-là, j’ai publié la vidéo naïvement, sans savoir que je n’avais pas le droit de le faire (rires).

Ce que je veux faire après ma carrière ? voler dans un avion de chasse, voir une éruption volcanique, assister au tournage d’un grand film, faire un feat avec Jul, rencontrer Neymar et CR7 pour parler foot avec eux, rentrer dans une pyramide, piloter une Formule 1, faire le carnaval de Rio, aller dans l’espace… Bon, le dernier, là, ça va quand même être dur. »