21 mars 2023
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🔎 Pour mieux comprendre les origines du supporterisme !

Illustration during the Ligue 1 Uber Eats match between Saint-Etienne and Metz at Stade Geoffroy-Guichard on March 6, 2022 in Saint-Etienne, France. (Photo by Alexandre/Dimou/FEP/Icon Sport) - Photo by Icon sport

De nombreux amalgames et fausses informations sont véhiculés lorsqu'il s'agit d'évoquer les supporters de football. En effet, c'est pourquoi nous vous proposons des détails sur l'origine et un historique du supporterisme dans le football avec notamment les différents moments clefs d'influence du rÎle de supporters.

a) La naissance du supporterisme dans le football

Le football Ă  son balbutiement n’est que trĂšs peu ouvert Ă  la prĂ©sence de supporters aux abords du stade. Les promoteurs des sports modernes, gĂ©nĂ©ralement issus de la bourgeoisie, voient d’un mauvais Ɠil la prĂ©sence de supporters, qu’ils perçoivent comme un risque Ă  la bonne tenue de l’évĂ©nement sportif. Cette aversion envers le public s’explique en partie par la volontĂ© de ce dernier de voir du spectacle, qui prendrait le dessus aux dĂ©pens de la stratĂ©gie. Les organisateurs craignent Ă©galement une modification des valeurs du ballon rond, qui viendrait ternir l’image de ce sport Ă  cause d’un manque de rationalitĂ© de la part des supporters.

Toutefois, le football se dĂ©mocratise au courant du XXĂšme siĂšcle et les fans font leur apparition. À cette pĂ©riode, les amateurs s’attachent majoritairement au club local. Ils sont alors en position de force lorsque leur club de cƓur joue Ă  domicile, car les dĂ©placements de supporters n’existent pas encore. Ces premiers encouragements sont encore trĂšs diffĂ©rents de ce que l’on voit aujourd’hui. Les supporters applaudissent, crient individuellement lorsqu’ils estiment avoir vu une belle ou une mauvaise action des joueurs, mais les animations ou les chants en chƓur sont encore denrĂ©e rare.

En France, les premiĂšres associations de supporters voient le jour dĂšs les annĂ©es 1910. Elles n’ont pas pour but d’enflammer la tribune, de se casser la voix pour pousser les joueurs Ă  la victoire, mais se contentent de rĂ©unir des passionnĂ©s de football et amoureux du club dans le but de crĂ©er du lien social et de se rapprocher des joueurs et des dirigeants. Les membres proposent Ă  cette Ă©poque leurs services afin d’aider le club les jours de matchs, comme Ă  la billetterie ou Ă  la buvette. À cette pĂ©riode, bien qu’un engouement autour de ce sport commence Ă  prendre forme dans l’Hexagone, il reste modĂ©rĂ© en comparaison Ă  des pays voisins tels que l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Angleterre, en raison notamment de la concurrence d’autres sports majeurs dans le pays, comme le rugby ou le cyclisme.

Magic Fans of Saint Etienne during the Ligue 1 match between Saint-Etienne and Nimes at Stade Geoffroy-Guichard on January 25, 2020 in Saint-Etienne, France. (Photo by Romain Biard/Icon Sport)

b) L’émergence de divers modĂšles de supporterisme en Europe

Dans les annĂ©es 60, en Angleterre, certains jeunes commencent Ă  se regrouper dans la tribune derriĂšre les buts. Cette tribune prendra rapidement le nom de « kop », en rĂ©fĂ©rence Ă  une colline d’Afrique du Sud nommĂ©e Spion Kop oĂč de nombreux soldats anglais perdirent la vie. Deux versions existent pour faire le lien: "La premiĂšre version veut que ce soit en hommage aux combattants britanniques morts lors de cette bataille que l’on ait baptisĂ© certaines tribunes anglaises du nom de Spion Kop. L’autre, plus imagĂ©e, veut que ce soit par analogie entre la furie des combats sur cette colline pentue et celle des supporters dans des gradins escarpĂ©s." Liverpool renomme donc sa tribune populaire « Spion Kop », et le terme kop se dĂ©mocratisera par la suite.

C’est Ă  cette pĂ©riode que sont sĂ©parĂ©s les supporters locaux des visiteurs, jusqu’ici mĂ©langĂ©s. Pour cela, une tribune est dĂ©sormais rĂ©servĂ©e au club Ă©voluant Ă  l’extĂ©rieur. Cette mesure n’est pas prise alĂ©atoirement. En effet, la tendance hooligan naĂźt Ă  cette pĂ©riode. Ces hooligans sont « des adeptes de sport usant de la violence lors d’une rencontre sportive ».

Leur principal moyen d’expression Ă©tant leurs poings, ils s’en prennent rĂ©guliĂšrement aux supporters adverses, ce qui oblige les autoritĂ©s Ă  rĂ©agir. La sĂ©curitĂ© et la prĂ©sence policiĂšre est renforcĂ©e, ce qui force alors les « hools » Ă  s’affronter Ă  l’écart des enceintes sportives, en ville notamment. Ce qui diffĂšre entre cette violence et la violence que l’on connaissait auparavant, c’est qu’elle n’est pas due Ă  un Ă©vĂ©nement sportif prĂ©cis. Elle est voulue, prĂ©mĂ©ditĂ©e, et rĂ©guliĂšrement, elle n’a aucun lien avec le match de football. Certains sociologues dĂ©finissent le terme « hooliganisme » comme Ă©tant propre Ă  de la violence organisĂ©e au prĂ©alable

À la fin des annĂ©es 60, un nouveau modĂšle de supporterisme se dĂ©veloppe en Italie. C’est la naissance du mouvement ultra
 Ces supporters ont alors pour source d’inspiration les « kops » des hooligans anglais, mais veulent encourager leur Ă©quipe de maniĂšre diffĂ©rente, non axĂ©e sur la violence. Rapidement, ces groupes ultras italiens parviennent Ă  innover, Ă  se structurer, notamment en distribuant des cartes d’adhĂ©rents aux diffĂ©rents membres du groupe. Pour la premiĂšre fois, les chants sont lancĂ©s par un meneur muni d’un micro ou d’un haut-parleur. Des drapeaux et des banderoles aux couleurs du club ou du groupe sont affichĂ©s. Des tifos, immenses chorĂ©graphies humaines, sont dĂ©ployĂ©s Ă  l’entrĂ©e des joueurs, Ă  l’aide de feuilles ou de voiles de grande taille.

Magic Fans during the Europa Legaue match between Saint-Etienne and La Gantoise at Stade Geoffroy-Guichard on November 28, 2019 in Saint-Etienne, France. (Photo by Romain Biard/Icon Sport)

C’est Ă  cette pĂ©riode que des fumigĂšnes commencent Ă  ĂȘtre craquĂ©s dans l’enceinte des stades. Les noms choisis par les groupes illustrent gĂ©nĂ©ralement clairement leur fanatisme (ex : Brigade, Commando, Section, Collectif
). Nous diffĂ©rencions donc Ă  cette pĂ©riode le modĂšle anglais, avec pour slogan « les Ă©meutes oui, le football non », pour qui le football n’est qu’un prĂ©texte et passe en seconde zone, du modĂšle italien, oĂč le supporter ultra souhaite pousser son Ă©quipe, en Ă©tant avant tout organisĂ© et fanatique. Ces supporters ultras souhaitent notamment garder leur indĂ©pendance vis-Ă -vis des clubs professionnels, que ce soit dans leur prise de dĂ©cisions ou encore sur l’aspect financier. Ils ne souhaitent plus ĂȘtre uniquement spectateurs, mais cherchent Ă  devenir acteurs Ă  part entiĂšre du monde du football.

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La qualitĂ© des tribunes devient Ă©galement une compĂ©tition entre les clubs rivaux, cherchant toujours Ă  faire mieux que leurs adversaires. C’est dans les annĂ©es 80 que commencent Ă  se dĂ©tacher ces deux mouvements : Ultras et hooligans, qui commencent Ă  se propager dans l’Europe entiĂšre.

c) L’inspiration des modùles anglais et italiens en France

Dans les annĂ©es 70, avant l’émergence de ces mouvements en Europe, certains clubs français, comme l’AS Saint-Etienne, ont vu apparaĂźtre des supporters habillĂ©s aux couleurs du club, brandissant des Ă©charpes et reprenant des chants en chƓur dans les tribunes dites « virage » en raison de leur forme incurvĂ©e typique de nombreux stades français de l’époque.

C’est en revanche dans les annĂ©es 80 seulement qu’apparaissent rĂ©ellement en France les deux sortes de supporters vus prĂ©cĂ©demment. Quelques groupes hooligans voient le jour, notamment Ă  Paris, au Parc des Princes, dans le Kop de la fameuse tribune Boulogne, qui fera par la suite beaucoup parler dans la presse et qui sera rĂ©guliĂšrement visĂ©e par les autoritĂ©s. Toutefois, cette mouvance hooligan reste peu rĂ©pandue en France, notamment en raison du Drame du Heysel en 1985, oĂč 30 supporters italiens de la Juventus perdent la vie Ă  Bruxelles, suite Ă  un mouvement de foule causĂ© par une attaque des hooligans de Liverpool.

L’opinion publique s’est immĂ©diatement emparĂ©e du terme hooligan et les autoritĂ©s se sont occupĂ©es de ce problĂšme dans l’Hexagone, sans pour autant parvenir Ă  enrayer toutes les violences. En France, le modĂšle prĂ©dominant dĂšs les annĂ©es 1980 reste le mouvement ultra ayant comme but principal de pousser son Ă©quipe Ă  la victoire. Les groupes ultras voient le jour essentiellement dans le sud de la France, avec notamment le Commando Ultra Ă  Marseille, qui est crĂ©Ă© dĂšs 1984, la Brigade Sud Ă  Nice ou les Ultramarines Ă  Bordeaux en 1987. Ces groupes subissent dĂšs leur naissance la confusion entre les termes ultras et hooligans. En raison du contexte et des actions violentes des hooligans parisiens « Boulogne Boys », les ultras sont eux aussi trĂšs mal vus par le grand public Ă  cette Ă©poque.

Plusieurs dĂ©cennies plus tard, le modĂšle du hooliganisme est toujours moins implantĂ© en France que dans les pays voisins tels que la Belgique, l’Allemagne ou les Pays Bas. À contrario, le mouvement ultra se dĂ©veloppe trĂšs rapidement Ă  la fin du XXĂšme siĂšcle. Tous les clubs de football professionnels français ont aujourd’hui au moins un groupe ultra qui garnit ses tribunes les jours de matchs.

Ce sont en partie ces groupes qui animent les stades en y mettant l’ambiance, qu’elle soit positive ou plus mitigĂ©e. Les kops sont gĂ©nĂ©ralement remplis et aux couleurs du club ou du groupe qui l’habite. Les animations prennent de plus en plus d’ampleur, les ultras diversifient leurs activitĂ©s les jours de matchs. Nicolas Hourcade estime que cet essor du supporterisme et du mouvement ultra en France s’explique par diffĂ©rentes raisons. « Le dĂ©veloppement de grandes agglomĂ©rations, la rĂ©surgence des identitĂ©s locales et rĂ©gionales ou l’essor de la jeunesse comme classe d’ñge autonome favorisent l’expansion du supporterisme ».

Les groupes ultras ont Ă©galement Ă©voluĂ© dans leur mentalitĂ©. Dans les annĂ©es 1980, la majoritĂ© des groupes Ă©taient Ă  tendance extrĂȘme-droite. Aujourd’hui, bien que la xĂ©nophobie persiste dans certains groupes, la lutte contre le racisme prend Ă©galement de la place dans l’idĂ©ologie de nombreuses associations. Au fil du temps, les groupes ont su s’organiser, afin de faire vivre la tribune un peu plus chaque annĂ©e. Alors que les supporters ne se dĂ©plaçaient jamais pour les matchs Ă  l’extĂ©rieur Ă  l’époque, les groupes visitent les stades adverses chaque week-end aujourd’hui. Le supporterisme français qui Ă©tait dans les annĂ©es 70 bien moins dĂ©veloppĂ© qu’à l’étranger a su prendre de l’ampleur grĂące Ă  la structuration des ultras, leur forte activitĂ© et leur dĂ©sir de pouvoir influer sur la vie du club.

Alors qu’elle Ă©tait essentiellement rĂ©servĂ©e aux clubs du Sud aux prĂ©mices du mouvement en France, la culture ultra a su s’imposer dans le pays entier, mĂȘme dans des zones comme Lens ou Saint-Etienne, aujourd’hui rĂ©fĂ©rences en la matiĂšre, qui Ă©taient Ă  l’époque contre cette inspiration du mouvement italien et de ses codes. Depuis leur crĂ©ation, les groupes ont vu leurs rangs grossir.

Illustration during the Ligue 1 Uber Eats match between Saint-Etienne and Metz at Stade Geoffroy-Guichard on March 6, 2022 in Saint-Etienne, France. (Photo by Alexandre/Dimou/FEP/Icon Sport) - Photo by Icon sport

Le mouvement ultra a gagnĂ© en maturitĂ© au fil du temps suite Ă  l’acquisition de compĂ©tences inspirĂ©es du modĂšle italien, mais Ă©galement grĂące Ă  la baisse de mĂ©fiance de certains supporters qui n’hĂ©sitent dĂ©sormais plus Ă  participer aux animations des groupes. Autre preuve de l’évolution du mouvement depuis le dĂ©but des annĂ©es 80, les ultras n’étaient Ă  l’époque pas bien informĂ©s de l’activitĂ© et des animations mises en place par les groupes rivaux. Il n’est aujourd’hui pas rare que des groupes s’envoient des fanzines, magazines illustrant leurs rĂ©centes animations, ce qui a permis notamment le lancement de divers mĂ©dias, dont « Sup Mag », vendu en kiosque durant trois annĂ©es et qui a permis au mouvement de se dĂ©velopper.

Jusque dans les annĂ©es 70, la norme dans les tribunes Ă©tait le « spectateur, qui a certes une prĂ©fĂ©rence pour une Ă©quipe, mais qui exprime ses Ă©motions avec modĂ©ration et respecte globalement l’idĂ©ologie du fair-play ». Aujourd’hui, le supporterisme a pris le dessus.

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