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Claude Puel : "On ne s’emm... plus si un joueur ne fait pas l’affaire, de peur de se faire virer !"

Ce franc-parler est suffisamment rare our être salué. Claude Puel, dans la suite de l'entretien accordé à France Football et paru ce jour, explique à quel point il est important de recentrer la formation des jeunes joueurs sur la technique et l'intelligence de jeu. Des principes oubliés dans de nombreux centres de formation. Rassurant pour l'ASSE qui possède en Claude Puel un manager visionnaire et collant à l'image du club.

La Ligue 1 est devenue un laboratoire, un centre de formation pour les quatre Championnats qui se situent au-dessus du nôtre, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. Maintenant, il ne faut pas être trop dur non plus. Dans une économie qui a changé et où, à l’exception de Paris et un peu de Lyon, aucune équipe n’est capable aujourd’hui de conserver une ossature pendant deux ou trois saisons, de garder ses meilleurs joueurs et de retenir longtemps ses talents, on a simplement ce qu’on peut avoir et ce qu’on mérite. On est dans l’urgence permanente, à commencer par les entraîneurs. Et on voudrait voir des matches aboutis tous les week-ends ? Restons sérieux...

La Ligue 1 reste une compétition difficile avec des styles de jeu différents, même si les équipes sont le plus souvent formatées pour du combat, avec de la vitesse et de la puissance, et sont donc plus limitées dans leur expression collective. Il y a de l’engagement et de l’indécision, hormis pour la première place. Mais c’est surtout une compétition qui permet chaque année de découvrir de nouveaux joueurs, des pépites, et qui offre donc une certaine fraîcheur.

De temps en temps, heureusement, on arrive à former des joueurs complets comme Mbappé, qui allient technique, qualité d’élimination, vitesse, puissance, talent et efficacité. Le problème, c’est qu’on n’a même pas fini de développer ces jeunes joueurs qu’ils sont souvent déjà partis à l’étranger sans posséder la maturité nécessaire, sans avoir appris à gérer les matches, à les enchaîner, à y mettre la qualité et l’intensité recherchées. Et qu’il faut donc recommencer, remettre en route chaque été, avec des effectifs chamboulés et souvent hétéroclites...

Comme par hasard, dès que des clubs sont un peu moins attaqués sur le marché, arrivent à conserver une ossature ou anticipent mieux que les autres, ils sont tout de suite mieux équilibrés, plus réguliers et ils font leur Championnat, même sans des moyens extraordinaires. Je pense à Angers ou à Reims, par exemple. Mais regardez Rennes ou Lille : dans la seconde partie de Championnat, ça finit par revenir, mais les premiers mois sont logiquement difficiles, inconstants, et il est d’autant plus délicat dans ces conditions d’être performant en Coupe d’Europe. Ne serait-ce même que d’être prêt pour affronter des équipes qui possèdent, elles, de bons petits joueurs, un vécu commun, un collectif bien huilé avec des habitudes de jeu, qui dégagent en même temps de la solidité et qui jouent régulièrement des tours préliminaires ou des premières phases. Cela ne passe plus.

Lorsque vous perdez vos quatre ou cinq meilleurs joueurs à la fin de chaque saison, que vous ne pouvez pas les faire rester, renforcer l’équipe par deux ou trois éléments et la bonifier comme c’était le cas avant et comme je l’ai connu à Monaco, cela devient difficile de développer un vrai jeu collectif et même, tout simplement, de prendre le temps de développer un joueur, ce qui est encore plus dommageable. Il faut souvent aller au plus efficace. Si on a de bons joueurs, ça peut aller vite. Sinon, on balbutie et on recherche de nouveaux équilibres pendant la première moitié du Championnat. Et surtout, on ne s’emmerde plus si un joueur ne fait pas l’affaire, de peur de se faire virer. Moi, je n’arrive pas à m’y faire. Ce n’est pas ma conception du job, ni ma démarche : initier un projet, mettre une équipe et un club en ordre de marche pour performer et aller titiller les meilleurs. Maintenant, si on compare les entraîneurs d’aujourd’hui avec ceux des générations précédentes à qui on donnait deux ou trois ans pour construire une équipe, ceux-ci ne se débrouillent pas trop mal au final, ils se sont bien adaptés à la nouvelle donne et ils arrivent à mettre en place assez rapidement des collectifs. Aujourd’hui, si on vous donne six mois, c’est déjà beaucoup.

Quand un entraîneur sait qu’il va être difficile de marquer, il a tendance à rester bien organisé et à jouer en contre. C’est plus vite mis en place, plus facile. C’est aussi une prise d’espaces qui demande moins de qualité et de technicité. Ah, quand on joue devant des défenses renforcées et dans des petits périmètres, il faut de la qualité technique et de la prise d’info, il faut savoir sentir le jeu... Si vous avez des joueurs avec le sang-froid indispensable dans les vingt-cinq derniers mètres, ça va encore. Mais comme beaucoup sont dans la précipitation, faute de dominer la situation ou d’avoir le relâchement nécessaire à l’approche du but, ça complique les choses. En match, tu n’as pas le temps de penser : si à travers le travail spécifique devant le but, tu n’as pas acquis les bons fondamentaux, tu ne peux pas réaliser le bon geste au bon moment, ni avoir le bon réflexe. J’ai aussi parfois l’impression qu’on veut toujours se sécuriser avec des grands gabarits. Mais pourquoi ? Ou, pire, former des joueurs non pas pour performer ou construire une équipe, mais simplement en prévision de faire une grosse plus-value sur le marché : “Tiens, en Premier League, ils aiment bien les joueurs physiques, rapides...”

Si les matches sont aussi intenses en Premier League, c’est d’abord parce que les entraînements sont très courts, très rythmés, avec un investissement total et une concentration de chaque instant de la part des joueurs. Tout le monde est “focus”, hyper professionnel et il n’y a jamais aucun laisser-aller, aucun problème de motivation. Mais ce n’est pas le seul frein. Il y a là-bas une qualité de terrain magnifique, même en Troisième Division, et pourtant, il pleut tous les jours, il fait froid l’hiver et on joue tous les trois jours. Nous, on voudrait vendre la L1 et augmenter les droits, mais on n’exige même pas des pelouses parfaites, susceptibles de favoriser le spectacle ! Depuis mon arrivée à Saint-Étienne, on a joué au moins sur cinq ou six surfaces indignes de la Première Division ! Et puis, il y a l’arbitrage. En Angleterre, on déteste les tricheurs et les simulateurs, donc ça joue davantage. Ici, les matches sont constamment hachés pour un oui ou pour un non. Ça devient vraiment pénible. Et je ne parle même pas du VAR, où il faut quatre minutes pour savoir s’il y a but ou pas, hors-jeu ou pas... Comment voulez-vous proposer la même intensité, le même rythme ?

Claude Puel - Source : France Football

Crédit photo : Icon Sport

 

 

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chateau bernard
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D'accord avec lui sur l 'arbitrage,inspirons nous des anglais

Ollier
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Ollier

Totalement d accord avec les propos de Puel .l état de nos terrains est médiocre. Nos joueurs sont quelconques pour la grande majorité et les quelques futurs talents sont élevés au grade de champion par les médias alors qu ils ont encore rien prouve.les parents ont tendances a les chouchouter au lieu de les pousser à se surpasser . .......et on pourrait continuer à énumérer les disfonctionnements

noam
Invité
noam

puel restera pas très longtemps, impossible pour l'asse de garder ses meilleurs éléments, les 3 prochain départ
ça sera m'Vila Khazri, et certainement Bouanga,

roky43
Membre
roky43

Trés belle analyse de notre misérable ligue1 de C.PUEL qui reconnaît et admet les défauts de nos formateurs dans l'hexagone qui privilégient la puissance athlétique des jeunes au détriment de la qualité technique indispensable au plus haut niveau et qui fera toujours la différence, nos plus talentueux joueurs qui se sont exilés à l'étranger avaient pour nom HENRY, PLATINI, ZIZOU et possédaient une qualité technique supèrieure à la moyenne que ne possèdent pas aujourd'hui de trés nombreux jeunes en échec sportif, mais pas financier

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