8 décembre 2022
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📚 LĂ©gende des Verts : 26 nov. 1980, Le plus grand exploit europĂ©en de l’ASSE Ă  l’extĂ©rieur

histoire

26 novembre 1980

Le plus grand exploit europĂ©en de l’AS Saint-Etienne Ă  l’extĂ©rieur

Huitiùme de finale aller : Hambourg – Saint-Etienne 0-5

 

HAMBOURG-ASSE : UNE CONFRONTATION PERDUE D’AVANCE ?

Sochaux de l’ex-stĂ©phanois Patrick Revelli et l’AS Saint-Etienne sont les derniers rescapĂ©s français des compĂ©titions europĂ©ennes en cette saison 1980-81. Or, en huitiĂšme de finale de la coupe UEFA, le hasard du tirage au sort a offert une double confrontation franco-allemande : Eintracht Francfort – Sochaux et Hambourg – ASSE. Et le moins qu’on puisse dire c’est que la main a Ă©tĂ© lourde envers les Verts pour leur 60e match europĂ©en car ils doivent affronter le rĂ©cent finaliste de la coupe d’Europe des clubs champions. Huit mois aprĂšs avoir Ă©tĂ© humiliĂ©s par le Borussia Moenchengladbach en quart de finale de l’UEFA, les hommes de Robert Herbin retrouvent un autre club allemand sur leur route et honnĂȘtement, ils n’ont pas les faveurs des pronostics.

 

Plusieurs raisons expliquent que l’ASSE ne soit pas favorite. Tout d’abord, une semaine avant le match aller Ă  Hambourg, l’équipe de France, avec Michel Platini Ă  sa tĂȘte accompagnĂ© de Christian Lopez, GĂ©rard Janvion, Jean-François Larios et Jacques Zimako, a subi un cinglant revers contre la RFA, balayĂ©e 4 buts Ă  1 Ă  Hanovre. A cette occasion, l’entraĂźneur allemand, Jupp Derwall, s’était moquĂ© des qualitĂ©s du stratĂšge français qualifiĂ© de « gĂ©nĂ©ral qui conduit ses troupes Ă  l’assaut et les surveille de l’arriĂšre, aux jumelles ». Autant dire que cette affirmation pĂ©remptoire avait plus que vexĂ© le numĂ©ro 10 stĂ©phanois. Toutefois, les spĂ©cialistes doutaient fortement que cela suffise pour aller chercher une victoire qui semblait impossible Ă  envisager.

Ensuite, alors que Hambourg avait passĂ© onze buts Ă  son adversaire, le Rot Weiss Francfort, le week-end prĂ©cĂ©dent en coupe d’Allemagne, Saint-Etienne s’était inexplicablement inclinĂ© Ă  domicile contre le FC Tours (1-2) en championnat. La plupart des journalistes prĂ©sents ce soir-lĂ  Ă  Geoffroy-Guichard se demandaient combien les Verts allaient encaisser de buts en coupe d’Europe compte tenu du niveau affichĂ©.

La tĂ©lĂ©vision française, elle-mĂȘme, ne donnait pas chĂšre de la peau des ForĂ©ziens et elle avait prĂ©fĂ©rĂ© diffuser l’autre confrontation franco-allemande, Eintracht Francfort – Sochaux, jugĂ©e plus Ă©quilibrĂ©e.

 

CONTRE TOUTE ATTENTE, ROBERT HERBIN OPTIMISTE

Pourtant, Robert Herbin croyait fermement dans les chances de son Ă©quipe. Il avait dissĂ©quĂ© le jeu de Hambourg et avait remarquĂ© que son potentiel reposait surtout sur l’efficacitĂ© des deux internationaux, le dĂ©fenseur droit, Manfred Kaltz et l’avant-centre Horst Hrubesh. Si les Verts arrivaient Ă  les contenir et s’ils parvenaient Ă  rĂ©pondre au dĂ©fi physique imposĂ© par leur adversaire, ils pourraient, pourquoi pas, crĂ©er la surprise. Pour rĂ©aliser cet objectif, l’entraĂźneur de Saint-Etienne a demandĂ© Ă  Johnny Rep de marquer le latĂ©ral droit Ă  la culotte pour l’empĂȘcher de s’exprimer et de dĂ©livrer ses centres assassins.

L’attaquant hollandais est trĂšs motivĂ© ce soir comme lors de toutes les rencontres de coupe d’Europe et il semble tout disposĂ©, une fois n’est pas coutume, Ă  accomplir ses tĂąches dĂ©fensives. Et si cela ne suffisait pas, GĂ©rard Janvion, promu milieu gauche, doit avoir un Ɠil sur lui au cas oĂč il Ă©chapperait Ă  la vigilance de Rep. C’est Jean-Louis Zanon qui devient arriĂšre gauche (il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© bon Ă  ce poste Ă  Monaco) donnant une parfaite assise sur ce cĂŽtĂ©. Bernard Gardon, le stoppeur, a ensuite la lourde charge de contrĂŽler l’avant-centre Hrubesh au jeu de tĂȘte tant redoutĂ© et il adore ces missions spĂ©ciales oĂč il faut se sacrifier pour le bien de sa formation. Contrairement Ă  ce qu’il peut penser, le gĂ©ant avant-centre allemand ne sera pas Ă  la fĂȘte.

Herbin a Ă©galement notĂ© que la charniĂšre centrale des Allemands Ă©tait trĂšs lourde. Ce n’est pas pour rien que Hambourg a recrutĂ© Franz Beckenbauer de retour au bercail aprĂšs un exil dorĂ© au Cosmos New York. Mais il est dans les tribunes pour ce match ne faisant sa premiĂšre apparition avec l’équipe que trois jours plus tard. Pour les contrer, l’entraĂźneur français a donc dĂ©cidĂ© de titulariser au poste d’avant-centre le petit lutin vert, Laurent Paganelli, qui, du haut de ses 1,65 m, doit se charger de rendre fou, la dĂ©fense centrale adverse grĂące Ă  ses dribbles dĂ©routants et sa vivacitĂ©.

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Laurent Paganelli a rendu fous les Allemands

 

UN MATCH « KOLOSSAL »

A peine 40000 spectateurs ont pris place dans le Volksparkstadion d’Hambourg qui peut en contenir au moins 60000. Evidemment, le rĂ©sultat final ne semble faire aucun doute dans les tribunes malgrĂ© trois absents dans les rangs allemands dont le prĂ©cieux Felix Magath. MĂȘme l’ouverture du score contre son camp de Hartwig n’altĂšre pas la confiance des supporters. A la 9e minute, le dĂ©fenseur local a voulu contrer Rep, idĂ©alement lancĂ© par Platini Ă  la suite d’un une-deux millimĂ©trĂ© mais son tacle glissĂ© a envoyĂ© le ballon dans ses propres filets. Il reste encore du temps aux Allemands pour revenir dans la partie et mĂȘme de la remporter facilement.

La situation se corse singuliĂšrement lorsque Platini transforme un coup-franc dont il a le secret Ă  la 26e minute. Surtout, Hambourg donne l’impression d’ĂȘtre Ă©touffĂ© par les Français, ses initiatives sporadiques ne sont guĂšre dangereuses et son impuissance est flagrante.

Ce n’est pas tout. A la 39e minute, Jean-François Larios conclut en beautĂ© une course de 50 mĂštres dont la rapiditĂ© surprend mĂȘme le camĂ©raman et terminĂ©e par un tir rageur pour un 3-0 tout ce qu’il y a de plus mĂ©ritĂ©. La mi-temps intervient donc sur cet avantage extraordinaire pour les Verts qui ont fait preuve d’une maĂźtrise collective insoupçonnĂ©e.

But de Jean-François Larios

Herbin prĂ©vient ses troupes Ă  la pause car il craint un sursaut d’orgueil des hommes de Hrubesh. Bien sĂ»r, les Allemands se font plus menaçant mais Ă  ce moment-lĂ , Jean Castaneda se met au diapason de ses co-Ă©quipiers et sort deux trĂšs bons arrĂȘts dans les pieds de l’attaquant international. Par la suite, Saint-Etienne reprend sa domination territoriale au grand dĂ©sespoir des spectateurs qui assistent Ă  une leçon de football. L’ASSE peut se permettre d’attendre et de

contrer les maigres occasions adverses. Des lors, les travĂ©es commencent Ă  se vider progressivement et il ne reste plus qu’une poignĂ©e d’irrĂ©ductibles pour assister au quatriĂšme but de Zimako Ă  la 85e minute et au cinquiĂšme de Platini, encore lui, Ă  la 87e minute.

Il tient sa revanche et au coup de sifflet final, il ne manque pas d’annoncer fiĂšrement Ă  la cantonade, qu’il avait pris soin de laisser « ses jumelles aux vestiaires ». Il enfonce le clou en dĂ©clarant « 5-0 et chacun Ă  sa place » en Ă©cho aux dĂ©clarations subies une semaine auparavant. Toutefois, en homme sage, il finit par conclure « Nous ne sommes pas plus les champions du monde aujourd’hui que des « charlots », l’autre jour aprĂšs Hanovre ».

Jean Castaneda Ă  la hauteur de l’évĂ©nement

Avec cette victoire 5-0 Ă  Hambourg, les Verts viennent d’écrire une nouvelle page glorieuse de leur histoire europĂ©enne. Un beau cadeau pour leur 60e match sur la scĂšne continentale. Un rĂ©sultat qui met en Ă©moi toute l’Europe du Football car jamais depuis l’instauration du football moderne, une Ă©quipe allemande n’avait encaissĂ© pareille humiliation Ă  domicile.

Deux fois seulement auparavant, lorsque la coupe de l’UEFA s’appelait encore la coupe des Villes de Foire, on relĂšve la trace d’une dĂ©faite aussi importante. L’Inter de Milan a battu Hanovre 6-1 en 1960-61 en huitiĂšmes de finale et Manchester United a laminĂ© le Borussia Dortmund 6-1 en seiziĂšmes de finale en 1964-65. Mais en ce temps-lĂ , l’Allemagne n’était pas encore l’Allemagne.

La joie des Stéphanois

Mercredi 26 novembre 1980

Hambourg – Saint-Etienne 0-5 (0-2)

37000 spectateurs

Buts : Hartwig (9e c.s.c.), Platini (26e et 87e ), Larios (39e ) et Zimako (85e )

ASSE : Castaneda – Battiston, Gardon, Lopez, Zanon – Janvion, Larios, Platini – Rep, Paganelli, Zimako

Entraineur : Robert Herbin

 

Article signé Albert Pilia

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